Film

Mandibules Mandibules (v.o)

Date de sortie 19.05.2021
Durée 77 minutes
Age 16/16
Pays France
Distributeur Praesens-Films AG
Genre Comédie
Réalisateur Quentin Dupieux
Acteur Roméo Elvis Adèle Exarchopoulos India Hair [+]
Scénariste Quentin Dupieux
Auteur Quentin Dupieux
Note CLAP.CH
 
4/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

Jean-Gab et Manu, deux amis simples d'esprit, trouvent une mouche géante vivante coincée dans le coffre d'une voiture et décident de la dresser pour gagner de l'argent avec.

Quentin Dupieux

Roméo Elvis

Adèle Exarchopoulos

India Hair

Bruno Lochet

Grégoire Ludig

David Marsais

Coralie Russier

Quentin Dupieux

Quentin Dupieux

Critiques

Remy Dewarrat | Samedi 15 mai 2021
 

Sa majesté des mouches

Après avoir fait d’un blouson un des personnages principaux de son dernier film, Le Daim, Quentin Dupieux donne vie à une grosse mouche et réussit une nouvelle fois son pari haut la main.

Manu est réveillé alors qu’il dort sur une plage du Sud de la France. On lui propose un petit travail qui lui rapportera cinq cents euros. Il doit se rendre chez Michel Michel pour prendre possession d’une valise qu’il livrera à l’adresse que lui fournira ce dernier. Pour mener à bien cette opération, il lui suffit d’avoir une voiture afin de pouvoir mettre la valise dans le coffre. Il vole une veille Mercedes aux plaques vaudoises et se rend dans une station service où travaille son ami de toujours, Jean-Gab. Celui-ci accepte de participer à la mission et nos deux lascars prennent la route. Alertés par des bruits étranges qui proviennent du coffre de leur véhicule, ils s’arrêtent au bord de la chaussée. En ouvrant le coffre, ils découvrent une énorme mouche vivante qui prend toute la place. C’est alors que Jean-Gab a une brillante idée: dresser l’insecte dans le but d’en faire une sorte de drone qui irait voler des choses pour leur compte. Manu qui a encore moins de lumière à tous les étages que Jean-Gab accepte cette proposition saugrenue.

Passé maître dans la comédie surréaliste, Quentin Dupieux possède un don inné pour rendre crédible l’inimaginable. Il ne se contente pas de simplement délirer mais propose des objets cinématographiques hors norme recelant des trésors de créativités et de folies qui tiennent chaque fois la route. Avec Mandibules, il invite le film de potes, le road movie et le film de monstre dans une cohérence qui force le respect. Même si le sujet de son long métrage et ses personnages semblent à priori loufoques, voire improbables, le résultat donne une oeuvre d’art miraculeusement plausible car tout se tient et sert ce qu’il est pertinent d’appeler un conte moderne. Mandibules regorge de scènes mémorables faites d’astuces remarquables comme le signe de ralliement entre Manu et Jean-Gab, le vélo-licorne, la personnalité de la mouche ou cette jeune fille qui cuisine comme une reine et parle très fort incarnée par Adèle Exarchopoulos que l’on avait jamais vue aussi bonne comédienne et aussi drôle. Il faut dire que Quentin Dupieux est non seulement un directeur d’acteurs hors pair, mais qu’il offre aussi à ses comédiens des rôles incroyables parfaitement écrits. Et quand on sort de Mandibules, on a la délicieuse sensation d’avoir vécu un pur moment de bonheur mêlé de divertissement, d’humour, de bizarrerie et d’une très grande sincérité. Vivement le prochain!


Raphael Fleury | Dimanche 16 mai 2021
 

Quand l’absurde déploie ses ailes

Après Rubber, Au poste! ou encore Le Daim, voici Mandibules. Quentin Dupieux continue, ici, à exploiter le filon de l’absurde. Il confirme, s’il en était besoin, qu’il est le roi d’un cinéma excentrique, pour ne pas dire complètement barré. Mandibules, c’est le film dont la vedette est une mouche.

«On prend la valise, on fait la mission, on empoche les thunes, et c’est tout. Il faut pas chercher plus loin.» résume Manu, benêt aux longs cheveux portant une chemise fuchsia. Il est au volant d’une Mercedes aux plaques d’immatriculation vaudoises qu’il a volée il y a peu, et il parle à son ami Jean-Gab, non moins benêt. Formulées de cette manière, les choses paraissent extrêmement simples. Mais, on s’en doute, en réalité ce ne sera pas si simple.

A plusieurs reprises, les deux compères entendent du bruit provenant du coffre de la voiture, tandis qu’ils roulent. Une sorte de bourdonnement, de vrombissement.

Les deux amis arrêtent le véhicule et, après quelques instants d’hésitation, ouvrent le coffre. Qu’y trouvent-il? Une mouche géante! C’est embêtant, parce qu’ils devront mettre dans le coffre la valise qu’ils sont chargés d’aller chercher chez un certain Michel-Michel. Or la mouche prend toute la place. Que faire? Libérer l’insecte? Oui, la voilà, tout simplement, la solution! Mais survient un nouveau problème: Manu a fermé le coffre avec violence, et, maintenant, il ne parvient plus à l’ouvrir.

Au terme d’une discussion aussi stupéfiante qu’hilarante, Manu et Jean-Gab décident qu’ils dresseront l’insecte dans le but, grâce à lui, de gagner de l’argent. La mouche leur rapportera gros, bien plus gros que la mission de Michel-Michel, pensent-ils. Voilà nos deux crétins, nos deux niais, nos deux sots, nos deux écervelés, voilà notre tandem de parfaits idiots engagés dans une folle aventure.

Une question se posera toutefois: Manu et Jean-Gab sont-ils vraiment aussi idiots que cela? Et si l’idée de Jean-Gab, celle de dresser la mouche géante «pour se faire de l’oseille», était en réalité une idée de génie, une idée promise au succès?

On pourrait qualifier le réalisateur de Mandibules de maître ès films mind-fuck, si on ne craignait pas d’être vulgaire ou réducteur. Il y a tout de même du vrai dans ce terme : mind-fuck. Oui, car l’œuvre de Dupieux est déroutante, déstabilisante, perturbante pour le moins. Elle constitue un véritable ovni dans le paysage cinématographique français, dans le paysage cinématographique tout court, en fait. On peut l’adorer, on peut la détester, mais difficile d'y rester indifférent.

Souvenons-nous par exemple du long métrage Rubber: c’était l’improbable histoire d’un pneu tueur. Absolument, un pneu tueur. C’était en 2010.

Une décennie plus tard, dans Mandibules, la vedette est une mouche. Non seulement la vedette, mais l’un des points forts du film. Oui, la mouche est une parfaite réussite. Elle existe bel et bien, c’est-à-dire physiquement, sous la forme d’une marionnette, et elle crève l’écran. «Il y a eu plusieurs moulages, dit Dupieux, pour arriver à la version qu’on voit dans le film, et un gros travail de sculpture pour fabriquer la mouche.» Une sculpture qui est donc devenue une marionnette, laquelle a pris vie grâce au marionnettiste David Chapman. «Nous avons ensuite animé les pattes de la mouche en numérique», ajoute Dupieux, qui n’est pas adepte du tout numérique (autrement dit, des images de synthèse). La mouche géante apparaissant à l’écran est donc, comme le dit le cinéaste français, «un mélange de très vieilles méthodes et de technologies très évoluées.»

Cela dit, une mouche ne saurait suffire à faire la réussite d’un film. Il en faut tout de même un peu plus. «Et, euh, du coup on fait quoi là, on va où?» demande Jean-Gab à un certain moment du film. Avant d’ajouter: «On est un peu revenus à la case départ, là.» C’est ce qu’on se dit, nous aussi, après avoir passé quelque temps avec Manu et Jean-Gab. On a la désagréable impression de s’enliser. A vrai dire, on se sent même presque mal à l’aise parfois, par exemple quand Agnès jouée par Adèle Exarchopoulos, la figure la plus connue du casting, célèbre actrice révélée en 2013 par le long métrage La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, hurle. Car oui, Agnès hurle, ou en tout cas parle fort. On nous dira que c’est voulu, que cela fait partie de son jeu, Agnès a eu un choc au cerveau, après un accident de ski, et, depuis lors, elle a un problème vocal. Hurler, parler fort fait donc partie de son jeu. Certes, mais toujours est-il que ce jeu-là nous hérisse, nous fait grincer des dents. Il y a quelque chose qui discorde, qui dissone, qui détonne. Bref, c’est plus agaçant que convaincant.

Nous sommes néanmoins d’avis que Mandibules vaut le détour: Dupieux est un réalisateur hors-norme, original, inventif, qui manie l’absurde habilement.
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