Film

Le Fils de Saul Saul Fia (v.o)

Date de sortie 04.11.2015
Durée 107 minutes
Age 14/16
Pays Hongrie (Magyarország)
Distributeur Agora
Genre Drame
Réalisateur László Nemes
Acteur Molnar Levente Urs Rechn Géza Röhrig
Note CLAP.CH
 
5/5
Note du public
 
4.5/5
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Synopsis

Le film a été présenté en Compétition au Festival de Cannes 2015

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau.
Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

FICHE PEDAGOGIQUE E-MEDIA par Jeanne Rohner

László Nemes

Molnar Levente

Urs Rechn

Géza Röhrig

Critiques

Remy Dewarrat | Mercredi 4 novembre 2015
 

La puissance du cinéma ne se résume pas uniquement à une débauche d’effets spéciaux obtenus grâce aux nouvelles technologies, suivant l’adage: toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus haut. Elle se cache aussi dans l’essentiel de ce qui a valu à cette discipline son septième rang sur l’échelle des arts. Pour son premier long métrage, Le Fils de Saul, le Hongrois László Nemes revient aux sources en optant pour la pellicule 35mm dans un format 1:1,37, afin de plonger les spectateurs dans l’horreur d’un camp d'extermination nazi. Ce choix technique est des plus judicieux car il annonce que ce qui va défiler sous nos yeux est, à l’opposé même du grand spectacle de divertissement trop souvent conçu comme une messe de l’amusement, une expérience traumatisante qui a pour but de secouer, d’interpeller, de questionner, bref de faire réfléchir, et ce aussi bien sur la nature du cinéma que sur celle de l’humain.

Le film s’ouvre sur un texte rappelant la définition de Sonderkommando, terme désignant un groupe de prisonniers choisis pour leur bonne santé et leurs aptitudes physiques, forcés de seconder les Nazis dans leurs basses besognes. Après quatre à six semaines de service, ils étaient eux-mêmes exécutés. Apparaît alors la première image, un plan flou dans lequel on devine des arbres. Un groupe d’hommes se dirige vers nous et la netteté n’intervient qu’à l’arrivé de Saul en gros plan dans le cadre. Dés lors, la caméra suit au plus près ce Hongrois dans son quotidien, comme si l’on assistait à un reportage consacré à un ouvrier dans une usine. Saul escorte les victimes que le régime nazi jugeait inutiles de leur descente du train aux chambres à gaz, trie leurs effet personnels pendant que l’arme mortelle fait son office, vide les lieux des cadavres, monstrueusement qualifiés de «pièces» par les officiers responsables et les emporte dans les fours crématoires. Un jour, un événement inhabituel ébranle Saul: un jeune garçon d’une dizaine d’année a survécu au gaz. Le malheureux sera quand même tué et son corps fera l’objet d’une autopsie. Saul explique au médecin chargé de l’opération juif, tout comme lui, qu’il s’agit du corps de son fils et qu’il veut l’enterrer afin de lui éviter l’enfer du crématoire. Saul se met alors à la recherche d’un rabbin pour offrir au jeune homme la dignité d’un enterrement.

Pour ne pas sombrer dans le voyeurisme cher à notre époque de plus en plus en proie au syndrome de Saint Thomas (l’obligation de voir pour croire), László Nemes filme Saul très serré et le peu d’image qui reste dans le cadre est floue, exceptés certains moments parfaitement choisis. Ce parti pris renforce la puissance que peut atteindre le Septième Art de manière radicale sans avoir recours à l’insistance visuelle. Cette représentation de l’horreur la plus abjecte, traitée volontairement en flashes furtifs, renforcée par une bande-son implacable de réalisme et exempte de musique de fosse, devient tellement palpable que l’on a même l’impression d’en sentir l’odeur.

Le jeune cinéaste hongrois ne fait pas de son protagoniste un héros, mais un homme ordinaire qui sombre dans la folie et, dans un univers aussi mortifère, l’obsession de Saul à vouloir offrir des obsèques décentes à ce garçon n’en serait-elle pas la plus digne manifestation?

Le Fils de Saul est un film puissant, bouleversant, indispensable et il trône au sommet des oeuvres d’art qui ont le mieux su toucher à l’essence de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus troublant.

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Votre avis sur ce film:
 

vincenzobino | 04.11.2015 21:11
 
Hallucinante expérience que ce grand prix cannois venu de Hongrie. Pour beaucoup de critiques professionnelles, ce film aurait dû recevoir la Palme d'Or. Je ne partage pas ce point de vue. Indéniablement, la qualité photographique et l'immersion dans Auschwitz suggérée sont saisissantes: l'on suit Saul, juif hongrois déporté membre du Sonderkommando, juifs chargés d'aider les nazis a exterminer leurs semblables religieux, qui en croyant reconnaître son fils mort va vouloir lui offrir une sépulture et, bien malgré lui, va prendre part a une tentative d'évasion. Je lisais avant la projection un article mentionnant que jamais Auschwitz n'avait été filmée de la sorte et c'est bien vrai: l'horreur est omniprésente mais l'immontrable est représenté par un flou visuel lourd de signification, la caméra est comme attirée par Saul (impeccable Geza Rohrig) et l'absence de musique (uniquement un violon qui marque vers la fin) ainsi que peu de dialogues supprimant le superflu inutile tellement vu sont d'indéniables qualités. Pourquoi pas la note maximale? Pour une raison personnelle : la liste de Schindler avait, par son noir et blanc, une dimension émotionnel grandissante que je n'ai pas ressentie. Mais ce film est a recommander vivement et particulièrement aux négationnistes s'il y en aurait encore, qui se rendraient compte que nier l'évidence de l'Holocauste est une insulte...