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Kaamelott - Premier Volet

 
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Le roi juste

Dix ans après les six livres composant la série télévisée et les neuf tomes de bandes-dessinées, Alexandre Astier fait vivre ses chevaliers sur le grand écran pour le plus grand bonheur des fans et des novices par le biais d’une symphonie épique.

Il y a un peu plus de dix ans, Alexandre Astier mettait un terme à sa série télévisée qui fit les belles heures de la chaîne M6 et dont on ne compte plus les rediffusions qui sont encore d’actualité. Avec l’aide du dessinateur Steven Dupré, il a élargi son riche univers dans une collection de bandes-dessinées qui comporte neuf tomes, pour l’instant. Cela faisait un moment qu’il promettait le retour du Roi Arthur et de ses bras cassés mais sur grand écran.Malheureusement, ou finalement heureusement, le réalisateur de David et Madame Hansen dut faire face à des entraves juridiques concernant les droits de sa propre œuvre. Cette longue gestation lui permet de retrouver ses personnages qui, comme leurs interprètes, ont pris dix ans, ce qui donne à son deuxième long métrage un côté authentique fort bienvenu. Et tout commence où se terminait le Livre VI. Après sa tentative de suicide manquant singulièrement de conviction, Arthur a cédé Le Royaume de Logres à Lancelot et a disparu. Tenant manu militari à se débarrasser physiquement de son ancien souverain, Lancelot a mandaté une bande de Saxons pour retrouver sa trace. En plus de ces redoutables guerriers, Arthur a tous les chasseurs de primes à ses trousses. C’est l’un d’eux, Alzagar, qui finit par le retrouver en Orient. Il le vend au Duc d’Aquitaine. Le roi est de retour et la nouvelle se répand dans tout le royaume, du Pays de Galles au Pays Burgonde, en passant par la Carmélide, le Pays de Gaunes, la Bretagne et la Calédonie. Excalibur, qui a repris sa place dans le rocher, compte aussi sur lui.

Quand une série télévisée à succès, quelle qu’elle soit, passe du petit au grand écran, on peut craindre que l’exercice sente un peu trop ce que l’on appelle le fan service. En qualité d’auteur et de réalisateur, Alexandre Astier est bien trop intelligent et malicieux pour tomber dans le piège. Il signe un long métrage qui va au-delà de ce contrat paresseux, une oeuvre à part entière que même les novices de son univers peuvent suivre avec énormément de plaisir et sans rougir de ne pas connaître les prémices des aventures d’Arthur et de ses chevaliers, tous plus incompétents les uns que les autres. Première quête réussie.

Kaamelott - Premier Volet marque les débuts d’une saga cinématographique qui promet beaucoup. Le film reprend tous les éléments qui ont fait le succès de la série durant des années entre 20h30 et 21h00, du lundi au vendredi. On retrouve l’humour très personnel qui fait le sel de cette œuvre gigantesque en jouant sur la musicalité des dialogues, l’absurdité des situations et la bêtise de ses protagonistes. Astier n’oublie pas non plus le souffle épique qu’il a instauré dès le Livre V grâce à des scènes de batailles dantesques menées par le Roi Burgonde, ses troupes colorées et son matériel de guerre impressionnant mais très mal utilisé par ses dernières. L’humour n’est jamais loin. Et comme dans la première partie du Livre VI, on a droit à l’époque romaine d’Arthur alors qu’il était encore plus jeune que dans la série. Ces flashbacks sont l’occasion de montrer un aspect très sombre du personnage principal. Et sans l’air d’y toucher mais avec un brio qui force le respect, Astier parvient à montrer Arthur et Guenièvre sous un jour nouveau et surprenant. Deuxième quête accomplie.

Sans jamais chercher à imiter ou même égaler les superproductions et sagas comparables à son Kaamelott telles que Star Wars ou Le Seigneur des anneaux (pour ne citer que ces deux-là), Alexandre Astier réalise son film comme s’il composait une symphonie épique. Musicien de formation, le réalisateur réussit le tour de force de faire un long métrage à l’image d’une partition musicale avec ses phrases mélodiques, ses envolées lyriques, ses changements de tons, ses cassures de rythme, ses charges martiales. On a l’impression tout ce dont il dispose (acteurs, décors, costumes, accessoires,…) sont des notes qu’il arrange sur une portée. C’est absolument brillant de la première à la dernière seconde. Cela décontenancera peut-être une partie du public peu encline à la magie que procure la musique classique, surtout quand le morceau dure un peu moins de deux heures. Certains gags (et ils son nombreux) viennent littéralement briser l’harmonie d’une séquence pour mieux relancer ce qui suit. Des scènes constituées de plans très larges sont contrecarrées par un montage plus serré fait de gros plans. Tout dans ce film est musicalité et c’est un pur bonheur à l’heure des produits audiovisuels grand public qui ne misent plus que sur le bruit et la vitesse. Troisième quête magistralement achevée.

Si on rajoute à tout cela le plaisir de côtoyer des personnages hauts en couleur, des dialogues finement ciselés, des répliques qui font mouche, un univers foisonnant et une sublime partition signée par le réalisateur lui-même, on obtient un nouveau joyau de la riche couronne façonnée avec passion par Alexandre Astier depuis plus d’une décennie.

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