Critique

Mandibules

 
Critique par |

Sa majesté des mouches

Après avoir fait d’un blouson un des personnages principaux de son dernier film, Le Daim, Quentin Dupieux donne vie à une grosse mouche et réussit une nouvelle fois son pari haut la main.

Manu est réveillé alors qu’il dort sur une plage du Sud de la France. On lui propose un petit travail qui lui rapportera cinq cents euros. Il doit se rendre chez Michel Michel pour prendre possession d’une valise qu’il livrera à l’adresse que lui fournira ce dernier. Pour mener à bien cette opération, il lui suffit d’avoir une voiture afin de pouvoir mettre la valise dans le coffre. Il vole une veille Mercedes aux plaques vaudoises et se rend dans une station service où travaille son ami de toujours, Jean-Gab. Celui-ci accepte de participer à la mission et nos deux lascars prennent la route. Alertés par des bruits étranges qui proviennent du coffre de leur véhicule, ils s’arrêtent au bord de la chaussée. En ouvrant le coffre, ils découvrent une énorme mouche vivante qui prend toute la place. C’est alors que Jean-Gab a une brillante idée: dresser l’insecte dans le but d’en faire une sorte de drone qui irait voler des choses pour leur compte. Manu qui a encore moins de lumière à tous les étages que Jean-Gab accepte cette proposition saugrenue.

Passé maître dans la comédie surréaliste, Quentin Dupieux possède un don inné pour rendre crédible l’inimaginable. Il ne se contente pas de simplement délirer mais propose des objets cinématographiques hors norme recelant des trésors de créativités et de folies qui tiennent chaque fois la route. Avec Mandibules, il invite le film de potes, le road movie et le film de monstre dans une cohérence qui force le respect. Même si le sujet de son long métrage et ses personnages semblent à priori loufoques, voire improbables, le résultat donne une oeuvre d’art miraculeusement plausible car tout se tient et sert ce qu’il est pertinent d’appeler un conte moderne. Mandibules regorge de scènes mémorables faites d’astuces remarquables comme le signe de ralliement entre Manu et Jean-Gab, le vélo-licorne, la personnalité de la mouche ou cette jeune fille qui cuisine comme une reine et parle très fort incarnée par Adèle Exarchopoulos que l’on avait jamais vue aussi bonne comédienne et aussi drôle. Il faut dire que Quentin Dupieux est non seulement un directeur d’acteurs hors pair, mais qu’il offre aussi à ses comédiens des rôles incroyables parfaitement écrits. Et quand on sort de Mandibules, on a la délicieuse sensation d’avoir vécu un pur moment de bonheur mêlé de divertissement, d’humour, de bizarrerie et d’une très grande sincérité. Vivement le prochain!

En savoir plus sur Remy Dewarrat

Dans le même sujet...

 

Mandibules

Critique par |