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Garçon Chiffon

 
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Jaloux comme un pou

Ce premier film très (trop) personnel écrit, réalisé et interprété par Nicolas Maury sent le parisianisme outrancier mais recèle quelques beaux moments.

Comédien, Jérémie Meyer souffre d’une jalousie exacerbante. Il essaie de se soigner en fréquentant un groupe de jaloux anonymes mais les résultats se font attendre. Albert, son amant, fait régulièrement les frais de ses crises souvent violentes. A bout, ce dernier décide de mettre fin à leur relation. Jérémie part se réfugier chez sa mère à la campagne.

Encensé sans modération par une critique avide d’un cinéma franco-parisien souvent proche du narcissisme et de la prise de tête, Garçon Chiffon obtient un peu vite le statut d’intouchable. Certes, cette première réalisation de Nicolas Maury, qui débuta dans le milieu de la comédie en 1998 dans Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau, n’est pas un mauvais film, loin de là, mais ne mérite aucunement les louanges qu’on est en train de lui adresser pour plusieurs raisons. Le sentimentalisme beaucoup trop présent alourdit l’écriture qui devient maladroite comme dans le passage du chien et la scène finale. Et, il faut bien l’avouer, ce Garçon Chiffon est terriblement narcissique. Cet aspect ne découle pas directement de Nicolas Maury mais de son personnage qui possède quand même pas mal de défauts irritants et fait preuve d’une sacrée prétention.

La partie du retour chez la mère à la campagne constitue le point fort du film, car l’humour se mêle à un surréalisme très original comme l’atteste la séquence chez les nonnes par exemple. Et c’est aussi la rencontre entre Jérémie et Kevin qui est traitée de manière poétique et sensuelle, faisant oublier un peu le côté artificiel du couple parisien formé par Jérémie et Albert. Malheureusement, cette très agréable partie de campagne prend fin et le retour en ville fait retomber le film dans l’anecdote sentimentale sans grand intérêt.

Dans le rôle de la mère de Jérémie, Nathalie Baye est impeccable par son côté terrien à mille lieues de celui éthéré de son fils. On s’amuse aussi à reconnaître Jean-Marc Barr en réalisateur forcé d’annoncer à Jérémie qu’il ne va finalement pas le choisir pour son projet, ou Isabelle Huppert qui fait ici de la pure figuration en sortant d’une salle de cinéma quand Albert attend Jérémie. Par contre, on est mal à l’aise de voir Laure Calamy, récemment césarisée pour Antoinette dans les Cévennes, dans une séquence de crise d’hystérie manquant totalement de sincérité.

Au final, Garçon Chiffon manque de retenue et d’authenticité pour convaincre complètement mais possède une personnalité singulière qui ne laisse pas indifférent.

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