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I Care a Lot

 
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Le bal des salopes

Ce film, qui défend un personnage immonde tout en le condamnant à la fin dans une morale douteuse, est sans doute la chose la moins recommandable parvenue sur nos écrans de cinéma depuis la réouverture des salles.

Tout commence très mal par la voix off d’une femme qui se targue d’’être une lionne dans une société qui, selon elle, ne comporte plus que deux catégories: les pauvres et les riches, les agneaux et les lions. On se dit que l’on va encore avoir droit à l’un de ses produits nauséeux qui prônent ouvertement la philosophie de la loi du plus fort, leitmotiv du capitalisme libéral. Et on n’a pas tort de s’inquiéter. Suit une scène où l’on découvre Marla Grayson, tutrice professionnelle sensée venir en aide aux personnes âgées dans le besoin, lors d’un procès où un pauvre bougre l’accuse de l’empêcher de rendre visite à sa mère, enfermée dans une maison de retraite. Soutenue par un juge dont la naïveté, ou plutôt la cupidité, dépasse l’entendement, Marla gagne son procès. A la sortie du tribunal, alors qu’elle retrouve sa fiancée Fran, son accusateur lui crache au visage à juste titre. On a droit alors à une tirade pitoyable issue du féminisme actuel, qui s’approche de plus en plus dangereusement de la pure et simple misandrie, évoquant évidemment les attribut génitaux mâles.

Voilà, les bases sont posées: Marla est un être abject qui profite de la faiblesse de ses clients pour les démunir de tous leurs biens. Elle est aidée par son amante, qui constitue un personnage absolument insipide, et une doctoresse toute aussi pendable. Moyennant une commission très confortable, cette dernière propose une nouvelle proie idéale à Marla. Supposée être sans aucune attache familiale, Jennifer Peterson, que l’on va expulser de chez elle avec le renfort de la police sous prétexte qu’elle ne peut plus vivre seule, va donner du fil à retordre ä Marla et Fran. En effet, celle-ci est en relation avec la maffia russe représentée par une personne de petite taille très irascible du nom de Roman Lunyov.

Donc, cette garce de Marla va avoir affaire à plus retors qu’elle et payer l’addition de sa veulerie. La belle affaire! Dans un simplisme confondant, le film va prendre fait et cause pour Marla face à d’ignobles maffieux caricaturaux. Ce parti pris plus que discutable atteint les plus profondes abysses dans la scène hautement ridicule où Marla évite la noyade miraculeusement. Il est dès lors impossible de s’accrocher à cette galerie de personnages démunis de toute humanité et de tout charisme. Marla et Roman n’ont plus d’autre échappatoire que de s’allier et tout pourrait finir ainsi, dans une totale immoralité sans complexe. Mais, dans une pirouette digne des pires produits dédiés aux petits écrans, ce film peu recommandable se permet une morale, certes justifiable, qui arrive bien trop tard et de manière beaucoup trop facile pour sauver quoi que ce soit dans cette chose très dispensable.

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