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Le braquage du siècle

 
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Les égouts de la renommée

Cet immense succès argentin revient sur un hold-up audacieux qui assura à ces auteurs un statut de stars et la sympathie du peuple. Humour, action et social se marient à merveille.

Le Braquage du siècle raconte comment six hommes ont réussi le plus grand hold-up d’une banque argentine en 2006. L’idée germe dans le cerveau de Fernando Araujo, un artiste adepte de la fusette, quand il se met à suivre les torrents qui ruissellent dans les caniveaux de Buenos Aires par une nuit sombre et pluvieuse. Son observation s’achève sur les reflets des néons d’un banque. Pour lui, c’est clair, le vol se fera par les égouts. Mais peut-on tout prévoir dans une telle entreprise?

Le film de hold-up est un genre à part entière et comporte pas mal de chefs-d’oeuvre comme Quand la ville dort de John Huston (1950), The Killing de Stanley Kubrick (1956), Le Clan des Siciliens d’Henri Verneuli (1969), Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville (1970), Les Egouts du paradis de José Giovanni (1979), Heat de Michael Mann (1996), Face d’Antonia Bird (1998), Inside Man de Spike Lee (2006) et surtout le meilleur d’entre tous, Un après-midi de chien de Sidney Lumet (1976). Le braquage du siècle ne déroge pas à la règle et reprend les passages obligés que sont la préparation, les imprévus, le vol à proprement parler, les prises d'otages et les conséquences.

Comme cette affaire est connue de tous en Argentine, Ariel Winograd choisit habilement de ne pas recourir au suspense. Il s’attarde sur la manufacture de cette entrepris hors du commun. Et au lieu de se demander si les six braqueurs vont réussir leur coup, le spectateur est invité à se poser la question: comment vont-ils parvenir à leurs fins et contourner les obstacles qui ne manquent pas de contrecarrer le plan initial? Cela permet au film de s’attarder sur la personnalité de ses protagonistes en leur octroyant la même sympathie dont les voleurs ont bénéficié dans la réalité. Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette manière de faire hors des sentiers battus n’enlève aucune dynamique à l’intrigue qui enchaîne joliment les rebondissements et parvient à nous tenir en haleine de la première à la dernière séquence. Si l’on rajoute cela une interprétation sans faille, une très bonne photographie, un montage efficace, une écriture rigoureuse et un humour omniprésent, on obtient un très bon divertissement intelligent qui n’oublie pas l’aspect social du cas qu’il met en scène, ce qui est primordial pour ne pas sombrer dans le vulgaire amusement.

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