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Sweat

 
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La solitude de la prof de fitness

Par le biais du portrait d’une influenceuse dans le monde du fitness, Magnus von Horn radiographie subtilement nos sociétés capitalistes et libérales du paraître.

Sylwia Zajac est ce que l’on appelle une influenceuse. Elle compte 600’000 suiveurs sur ses différents réseaux sociaux. Elle donne des cours de fitness très appréciés et partage son avis sur les produits que lui offrent ses sponsors. Elle passe la plupart de son temps à se photographier toutes dents dehors et semble heureuse en permanence. Mais elle est seule à l’exception de Jackson, son inséparable terrier Jack Russel mâle. Et quand elle ose montrer sa détresse dans une vidéo, personne ne la comprend. Un jour au pied de son immeuble, elle surprend un homme dans une voiture en train de prendre du plaisir à l’observer. Le lendemain, il s’excuse auprès d’elle par l’intermédiaire d’une vidéo qui la bouleverse.

Sweat, qui signifie sueur en anglais, ne fait aucunement l’éloge ou la condamnation de son personnage principal car, contrairement au ramassis d’êtres immatures et superficiels qui hantent les rubriques people des médias, Sylwia est authentique. Elle pense sincèrement que ce qui la rend heureuse peut aider les autres dans leur quotidien fastidieux. Certes on pourrait la juger un peu naïve mais elle agit par conviction de manière tout à fait sincère. Elle a fait de sa vie son entreprise. Elle ne ment pas et applique ses principes de bien être physique à elle-même comme le prouve un très beau plan séquence où on la voit monter les escaliers pour rejoindre son appartement plutôt que d’utiliser l’ascenseur. Elle dégage énormément de sympathie bienveillante.

L’auteur et réalisateur Magnus von Horn ne cherche jamais à juger Sylwia, il la fait vivre en auscultant autant ses réussites que ses failles. Son film est une tranche de vie brute, sans fioriture, qui donne à réfléchir sur l’humanité dans une société qui ne jure plus que par le paraître et le sensationnel. Pour l’aider dans son entreprise, il fallait une comédienne exceptionnelle et Magdalena Kolesnik remplit ce rôle de manière remarquable. Elle habite littéralement Sylwia et parvient à faire exploser tous les clichés inhérents au sujet, à chaque scène, avec en point d’orgue, l’anniversaire chez la mère de Sylwia et la dernière nuit du film qui constitue un moment rare de pur humanisme.

Sweat est une œuvre d’art surprenante qui fait voler en éclat l’ordre établi et les nombreux préjugés qui l’accompagnent. Mémorable.

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