Critique

Mank

 
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Hollywood mon amour

Jouet cinéphilique pour cinéphiles, Mank se perd entre critique grossière de l’industrie du cinéma et hommage révérencieux à ceux qui l’ont faite et la font encore.

Ce film qui, par son rythme et son écriture, a un peu trop des allures de série télévisée comme on le conçoit et l’encense à l’heure des plateformes de streaming, conte l’écriture de Citizen Kane par Herman J. Mankiewicz au fond d’un lit de convalescence où il se remet d’un accident de la circulation. Ce récit simple et théâtral est entrecoupé de flashes-back nous montrant la personnalité de Mank et sa place dans un milieu qu’il ne cesse de critiquer tout en  profitant de ses nombreux avantages. Cela permet à David Fincher de mettre en scène l’usine à rêves des années 30 - 40 à grand renfort d’exagérations chères à l’époque, comme un zoo privé, des fêtes fastueuses ou des studios démesurés, véritables villes dans la Cité des Anges.

Le meilleur du film réside dans la performance de Gary Oldman campant un personnage complexe qui refuse les étiquettes en défendant, par exemple, les démocrates contre les républicains lors des élections de 1934 dans une scène qui est l’une des rares fulgurances du film. Il prend un malin plaisir à jouer les avocats du diable dans un univers à la limite du surréalisme par son fast et sa grandiloquence. Il s’oppose aux plus riches dans des diatribes survoltées propres à l’alcoolisme de Mank. On a donc droit à quelques belles joutes verbales nous faisant comprendre toute la futilité de ce petit monde tournant plus autour de l’argent roi que de l’art ou même du service public.

On se trouve face à un objet qui s’adresse en priorité aux cinéphiles et à ceux qui s’intéressent à l’histoire du Septième Art américain. Ce n’est aucunement un film sur la genèse de Citizen Kane. L’aspect politique très présent s’attarde sur les coulisses d’Hollywood en usant d’un discours un peu lourdaud qui renvoie sans cesse à l’aire actuelle pour bien montrer que rien n’a vraiment changé en près d’un siècle. La démarche est louable mais le résultat s’apparente trop à une série télévisée par un rythme reprenant les règles de cet exercice afin de séduire son auditoire. Mank est plus bavard que cinématographique. C’est l’un des défauts majeurs de la manière de concevoir une oeuvre audiovisuelle aujourd’hui où tout doit être spectaculaire et obligatoirement populaire. Fincher ne parvient jamais à sortir de ce mode de conception, si ce n’est à de trop rares occasions qui sont souvent dues aux talents de ses comédiens.

Mank se veut un long métrage hommage à une époque bien définie et reprend les artifices qui faisaient les films d’alors. Il est bourré de points de repère en haut de l’image à droite qui permettaient au projectionniste de passer d’une bobine à l’autre. Mais malheureusement, de sympathique, l’effet vire au maniérisme tant il est abondant et parfois mal placé comme avant la fin d’un fondu au noir. D’ailleurs cette autre technique très représentative de l’époque est ici systématiquement utilisée pour marquer les flashes-back et cela renforce encore cet aspect sériel peu pertinent dont souffre le film. Evidemment, le choix du noir et blanc s’imposait à Fincher et il est le second atout majeur de Mank par sa magnificence. Par contre le cinéaste fait preuve d’un manque de rigueur en proposant une oeuvre dans un format CinémaScope alors que cette technique, certes inventée en 1926, n’apparut qu’en 1953 pour la première fois avec le film The Robe d’Henry Koster, soit onze ans après le récit narré par Mank. Ce faux pas reflète à lui seul les nombreux défauts de ce film ampoulé manquant singulièrement d’âme.

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