

Vendredi après-midi, devant une salle très clairsemée, le dernier film de la compétition internationale a été présenté au public. Clairsemée car il faut dire que sur le papier, ce film n’est pas des plus attrayants : la durée est en effet de 356 minutes, soit près de 6 heures, ce qui fait de ce film chinois, très largement, le plus long de la sélection. Le sujet de ce documentaire est l’incendie qui a ravagé, le 8 décembre 1994, un théâtre de la ville de Karamay dans la région autonome du Xinjiang, entrainant la mort de 323 personnes dont 288 enfants âges de 6 à 14 ans.
A travers de longues déclarations de familles de victimes et d’une poignée de survivants, Le réalisateur Xu Xin, vient dénoncer le comportement des officiels durant l’incendie qui eurent la priorité pour quitter le bâtiment en flammes, ce qui leur permit de tous survivre, et surtout les agissements des autorités qui tentent depuis de faire oublier cet événement tragique. Indéniablement émouvant, le film vient marier très intelligemment témoignages et documents d’archives avec notamment des photographies et des films amateurs tournés quelques minutes seulement avant le drame. Mais au-delà de sa durée, c’est surtout son manque de structure (les informations sont présentées de manière très brute) et d’informations partiales ou du moins historiques (un rapide tour par le web permet en effet d’en apprendre davantage sur le cours des événements que durant les six heures du documentaire) qui rend ce film pas toujours très convaincant. Si au final, ce monstrueux documentaire ne demeurera peut-être pas, ainsi que l’affirme le directeur artistique Olivier Père, « une grande leçon de cinéma », il n’en reste pas moins une édifiante leçon de récoltes d’informations et de journalisme.
Karamay concluant la compétition internationale, l’heure est dès lors aux délibérations pour le jury qui annoncera les gagnants samedi soir sur la Piazza Grande et ce dernier film pourrait bien faire figure de favoris au vu de son impressionnante matière. Du côté de l’interprétation, l’acteur serbe Uliks Fehmiu pour Beli beli svet et l’actrice roumaine Ana Ularu pour Periferic pourraient bien se voir récompensés tous les deux, à moins que les comédiens français de La petite Chambre (Michel Bouquet et Florence Loiret-Caille) ne viennent leur voler la vedette. Le film de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond aura en effet été sans contexte le film le mieux accueilli par les festivaliers. Ainsi, après avoir dû refuser plus de 300 personnes lors de sa dernière projection, les organisateurs ont été contraints d’organiser une séance supplémentaire samedi et qui pourrait bien à nouveau faire salle comble. Malheureusement pour ce film suisse, popularité ne rime généralement pas avec prix du jury.
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