

La petite Chambre raconte l’histoire d’un vieil homme grognon et de sa jeune infirmière qui développent une magnifique amitié, alors que tout semble les opposer. Plusieurs films traitent déjà d’un sujet similaire, n’aviez-vous pas peur de réécrire un scénario déjà existant ? Et sur quels aspects de l’histoire avez-vous mis l’accent ?
Stéphanie Chuat : En fait on a peu pensé aux comparaisons avec d’autres films dans le processus d’écriture. […] On s’est énormément concentrées pour toujours être avec les personnages, de toujours essayer de ramener les choses aux personnages, à ce qu’ils ressentent, être un maximum à l’intérieur du personnage. Cela vient peut-être du fait qu’on est comédiennes, parce que notre approche de l’histoire est très axée là-dessus, plus peut-être que sur l’idée de composer un tableau. […]
Pourquoi avoir choisi comme cadre de votre film la Riviera vaudoise ?
Véronique Reymond : Cela nous tenait à cœur de filmer dans cette région, parce que c’est notre enfance, c’est notre région, c’est là où on vit, ce sont des lieux qu’on aime, qu’on aime voir. On adore prendre le train, partir sur Villeneuve : cette vue sur le lac, je ne m’en lasserai jamais. Mais c’est vrai aussi que notre histoire est une histoire universelle qui pourrait s’écrire dans toute ville. C’est quand même une histoire de ville c’est claire, mais c’est un thème universel. Mais nous venons de Suisse, de Suisse romande, de la région lausannoise et on avait très envie d’amener cette histoire dans notre quotidien.
SC : On voulait que cette histoire se passe en hiver. […] C’est vrai qu’on avait envie de montrer la Suisse, mais et essayant au maximum d’éviter évidemment les cliches touristiques et donc de filmer les Alpes dans cette âpreté : les vignes en hiver c’est très âpre et avec le lac et son gris métallique, c’est quelque chose de saisissant je trouve.
VR : Et par rapport à ce que disait Stéphanie tout à l’heure, on part toujours des personnages. C’est l’essence du personnage qui va aussi définir le paysage. On est dans un univers un peu souterrain où chacun est dans sa couleur, dans son cocon au début du film. […]
Pourquoi avoir choisi des comédiens français ?
SC : On ne s’est pas posé la question de la nationalité des comédiens, mais juste de leur talent. Ils auraient pu être belges, peu importe le pays, c’est ces acteurs-là qu’il nous fallait.
Comme avez-vous réussi à convaincre Michel Bouquet d’accepter le rôle, alors que ses dernières années il s’est exclusivement consacré au théâtre ?
VR : On lui a envoyé le scénario, parce que l’on rêvait avant tout de le lui faire lire. On s’est dit, si on ne le fait pas, on aura des regrets. Donc on l’a fait. C’était déjà difficile de trouver son adresse, parce qu’il n’a pas d’agent. C’est finalement la directrice française de casting qui l’a trouvée. Le scénario lui a été envoyé avec la filmographie de Vega Film et il a eu envie de nous rencontrer. C’était une rencontre exceptionnelle et en fait à notre grande surprise et émotion, non seulement il voulait nous rencontrer, mais il a été accroché par le scénario et impressionné par la filmographie de Vega Film. Ces deux éléments ont fait qu’il a accepté et il a eu envie de plonger dans l’aventure avec nous.
Et en ce qui concerne Florence Loiret-Caille ?
SC : En fait, on a entendu notre directrice de casting parler d’elle avec quelqu’un d’autre et on s’est dit : « mais qui est cette femme ? » Ils ne nous l’avaient pas proposé parmi les diverses actrices, car ils pensaient qu’elle était peut-être trop jeune pour le rôle. On est allées voir tout de suite le DVD d’Une Aventure de Xavier Giannoli et vraiment le premier plan où on l’a vue, on a su que c’était elle. Une chose intéressante aussi, c’est que Michel Bouquet nous a dit : « pour la comédienne qui va jouer Rose, il faudra trouver quelqu’un de très intègre. Mais une personne intègre, pas juste un acteur intègre. » Et Florence vraiment incarne ça, elle a cette intégrité. On l’a rencontrée, on a parlé avec elle, on a même fait des essais et pour nous c’était évident. Puis, le jour où l’on a organisé la rencontre entre Michel Bouquet et Florence Loiret-Caille, c’est là vraiment que le coup de foudre entre les deux a eu lieu. Je ne peux pas oublier ce moment où elle est arrivée et l’œil de Michel Bouquet qui a pétillé. Elle a quelque chose vraiment d’unique et aussi elle est loin de tout stéréotype. On avait vraiment envie de quelqu’un à qui tout le monde puisse s’identifier.
VR : On voulait absolument éviter le cliché de la jolie actrice lisse, comme on traite de sujets vraiment sensibles, de douleurs profondes. […]
SC : On n’a pas l’impression qu’elle joue en fait. Je crois que c’est ça qui pour nous était le plus important. Elle était juste dans absolument toutes les prises. On n’avait pas énormément de jours de tournage, un rythme très soutenu et, pour un premier film, on avait énormément de décors. On a l’impression d’un film intimiste quand on le voit, mais lorsqu’on on lit le scénario, on réalise qu’il y a 53 décors dans 35 lieux de tournage. Donc heureusement qu’on avait ces acteurs qui étaient justes, car on ne pouvait pas faire trop de prises à chaque fois.
Vous êtes comédiennes à la base (théâtre, cinéma, télévision), comment êtes-vous arrivées a la réalisation d’un premier long-métrage ?
VR : C’est un cheminement. On part du théâtre, on est vraiment comédiennes à la base. On rêvait d’être sur scène, on a joué dans la rue, on a monté des pièces ensemble. Peu à peu le cinéma qui nous fascinait et nous passionnait, on l’a intégré dans nos pièces de théâtre, on a commencé à mettre des séquences filmées. Et plus ça allait et plus on était fascinées par le monde du cinéma. On a commencé à faire des courts-métrages, des documentaires. C’est clair que c’est un peu comme les vases communicants, parce qu’on a vraiment envie de faire les deux. On est très polyvalentes dans nos envies artistiques. Mais la base pour nous c’est le théâtre. Et c’est peut-être un point qui nous a vraiment lié à Michel Bouquet : on est du théâtre et lui est un homme de théâtre. […]
SC : Comme on se connaît depuis qu’on a dix ans, à l’adolescence on a commencé à faire des petits numéros de clowns. On avait donc ce désir d’être comédiennes. Mais très concrètement on inventait déjà des histoires : on a joué au Festival d’Avignon dans la rue, on dormait au camping et on allait faire nos numéros de clowns au Palais des Papes. On était ainsi toujours dans ce processus créatif. […]En fait c’est des choses qui ont toujours été parallèles. Quand on regarde notre chemin rétrospectivement, la créativité était toujours là. Mais c’est vrai que Patou l’épatant (émission pour enfants des années 1990 sur la TSR. NDR), et après les Pique-meurons, pour moi ça fait partie d’un tout et je ne renie rien du tout de ce que j’ai fait. J’aime pouvoir passer d’une chose à l’autre, ne pas avoir d’étiquette.
Comment prenez-vous le fait que votre film soit probablement le film le plus accessible, voire le plus populaire de la compétition internationale ?
SC : On le prend très bien, c’est notre but ! Mais populaire de qualité !
VR : On ne cherche pas à faire « coup de cœur », on ne cherche pas à faire « film d’auteur », on cherche juste à suivre notre ligne. C’est vrai qu’on est très heureuses de le transmettre, on est heureuses que les gens soient réceptifs à ce que l’on fait.
SC : Le film, pour moi, il est destiné au public. Si le public reçoit ce qu’on a essayé de faire passer, alors on a réussi. Au FEVI (salle de projection principale du Festival, NDR) lundi, ça a été incroyable : les gens ont applaudi durant cinq minutes à la fin. C’est comme si ces quatre ans et demi de travail nous étaient renvoyés par le public qui avait perçu chaque étape, que ce soit l’écriture, le tournage, le montage, la musique, etc. C’était un cadeau extraordinaire, vraiment extraordinaire.
Le film sortira en Suisse romande le 12 janvier 2011.
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Site officiel du film: http://www.chuat-reymond.com/film-la-petite-chambre/