Film

Dune Dune (v.o)

Date de sortie 15.09.2021
Durée 155 minutes
Age 12/14
Pays Canada , États-Unis (United States)
Distributeur Warner Bros. Entertainment Switzerland GmbH
Genre
Réalisateur Denis Villeneuve
Acteur Timothée Chalamet Zendaya Coleman Rebecca Ferguson [+]
Scénariste Eric Roth Jon Spaihts Denis Villeneuve
Auteur Frank Herbert
Note CLAP.CH
 
3/5
Note du public
 
5/5
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Synopsis

DUNE raconte l'histoire de Paul Atreides, jeune homme aussi doué que brillant, voué à connaître un destin hors du commun qui le dépasse totalement. Car s'il veut préserver l'avenir de sa famille et de son peuple, il devra se rendre sur la planète la plus dangereuse de l'univers – la seule à même de fournir la ressource la plus précieuse au monde, capable de décupler la puissance de l'humanité. Tandis que des forces maléfiques se disputent le contrôle de cette planète, seuls ceux qui parviennent à dominer leur peur pourront survivre…

Denis Villeneuve

Timothée Chalamet

Zendaya Coleman

Rebecca Ferguson

Oscar Isaac

Jason Momoa

Charlotte Rampling

Stellan Skarsgård

Eric Roth

Jon Spaihts

Denis Villeneuve

Frank Herbert

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 13 septembre 2021
 

Que l’ennui soit avec vous

Malgré un film très esthétique, ce n’est pas Denis Villeneuve qui va briser la malédiction rendant inadaptable au cinéma la titanesque saga de science-fiction de Frank Herbert.

Dune est maudit. Ridley Scott et Alejandro Jodorowsky ne sont jamais parvenus à concrétiser leur adaptation respective sur grand écran. David Lynch en a fait son moins bon film. Au début des années 2000 à travers deux séries peu mémorables, la télévision n’a pas réussi à surmonter le mauvais sort. Dès lors, il serait légitime de se questionner sur la pertinence de vouloir s’attaquer à l’irréalisable, même en dépensant des sommes d’argent colossales. Peut-être que l’œuvre de Frank Herbert est vouée à rester un objet littéraire pour conserver toute sa substance, comme La Bible.

Entre le film de David Lynch sorti en 1984 et le neuvième long métrage de fiction de Denis Villeneuve, il y a des similitudes qui frappent l’esprit. Esthétiquement parlant, les deux œuvres sont dignes d’intérêt. Là où le réalisateur de Lost Highway proposait un opéra-rock baroque à l’originalité indéniable et très personnelle, le cinéaste responsable de l’excellent Incendies nous livre un objet plastique très beau mais très lisse, voire austère. C’est surtout dans l’ennui palpable qu’elles distillent que ces deux adaptations se rejoignent. Au stade du récit proprement dit, ni l’une ni l’autre ne parviennent à captiver et impliquer leurs auditoires. Cela ne veut absolument pas dire que le roman de Frank Herbert est ennuyeux mais qu’il le devient dès que l’on essaie de le sortir de son essence littéraire. Certains livres sont inadaptables et les exemples sont légion. Dune en est peut-être l’exemple le plus symptomatique.

Denis Villeneuve ne déroge pas à la règle et son Dune, partie 1, qui ne couvre que la moitié du premier tome de la saga, est parfaitement fastidieux. Il essaie de sublimer le récit en tragédie olympienne mais cela rend le résultat encore plus monacal que sa plastique. Il dirige ses comédiens comme s’ils interprétaient un drame shakespearien mais il oublie clairement de s’intéresser aux enjeux multiples qui devraient motiver ses personnages. Résultat: on se détache totalement de ce que l’on essaie de nous raconter, on attend vainement que le récit prenne son envol, on se désolidarise des personnages qui brassent de l’air, on se lasse des formules à l’emporte-pièce absconses et métaphysiquement indigestes tant elles tendent vers un intellectualisme douteux et populiste. Bref, on a l’impression d’assister à un gala fastueux mais soporifique qui se tiendrait dans les arcanes de l’industrie du luxe.


Raphael Fleury | Lundi 13 septembre 2021
 

Fertile en joies

Dune. À l’origine, un roman de science-fiction signé Frank Herbert. Un monument au nombre de pages vertigineux. Un classique en son genre. En un mot: culte. Et réputé inadaptable au cinéma. Il paraissait donc insensé de vouloir porter sur grand écran une œuvre pareille. On craignait le pire, mais on espérait le meilleur. Notre verdict ci-après.

On craignait le pire: d’autres ont échoué par le passé. Le Dune d’Alejandro Jodorowsky, dans les années 1970? Un projet avorté. Celui de David Lynch? Un échec critique et commercial à sa sortie en 1984. Tâche herculéenne, titanesque, donc, que de se lancer dans une nouvelle adaptation du livre de Frank Herbert. On espérait le meilleur, néanmoins: sachant qui se trouve aux commandes du Dune version 2021 –un certain Denis Villeneuve–, jetant un œil à son parcours dans le septième art, on se disait en effet qu’il y avait de solides raisons d’espérer quelque chose de bon, quelque chose de grand. Le cinéaste canadien n’en est pas à son coup d’essai. Il a fait ses premières armes dans la science-fiction avec Arrival (Premier Contact, en français). Ce long métrage est loin d’avoir fait l’unanimité, mais, à notre avis, c’est un baptême du feu réussi. Et puis a suivi un projet fou: réaliser Blade Runner 2049, la suite du chef-d’œuvre de science-fiction Blade Runner, réalisé par Ridley Scott, sorti en 1982. Cela semblait peine perdue, on voyait venir la catastrophe: comment donner naissance à la suite d’un film de cette envergure, une suite dont son illustre aîné n’aurait pas à rougir? Et pourtant, Denis Villeneuve l’a fait. Contre toute attente. Des raisons d’espérer, il y en avait donc, concernant Dune. Et voilà, nous en sommes là: non content d’avoir réalisé il y a quelques années, avec Blade Runner 2049, un film pouvant se targuer de faire jeu égal avec Blade Runner premier du nom, Villeneuve porte maintenant à l’écran Dune avec maestria. Un film de haut vol. Cela semblait impossible, le Canadien l’a pourtant fait. De là à dire qu’il est désormais un grand nom de la science-fiction, il n’y a qu’un pas. Un pas que nous osons franchir.

Denis Villeneuve a donc réussi son pari, c’est là notre avis. Son film est certes long, et lent –à l’instar, d’ailleurs, de son Blade Runner 2049 que nous avons évoqué–, mais n’y voyons pas là des défauts, bien au contraire: une invitation à aller à contre-courant, une invitation à la contemplation, à la méditation, une invitation à se prendre le temps, oui, pour vivre un pur moment de cinéma, un grand moment de cinéma, où le divertissement n’est pas sacrifié sur l’autel de la bêtise –ou, pour le dire autrement, où divertissement et intelligence se marient à merveille. À l’heure où on paraît vouloir que tout aille vite, et où le zapping semble roi, un tel cinéma fait un bien fou. Pourquoi y aurait-il besoin, toujours, de bruit et de fureur? de vacarme, de clameurs? Du reste, il y en a, dans Dune: l’action, le sang, les explosions, on y a droit. Mais là n’est pas l’essentiel. Nous y reviendrons.

Il y a, dans le Dune de Villeneuve, des passages explicatifs, par le biais de dialogues entre personnages ou d'un film que regarde le héros à un certain moment. D’aucuns diront que ces passages alourdissent le long métrage. Ce n’est pas notre avis, et, d’ailleurs, comment s’en serait-on passé? Ils sont indispensables pour que les profanes, les non-initiés au monde complexe de Dune puissent comprendre un tant soit peu celui-ci. À vrai dire, il nous semble que l’œuvre cinématographique n’en dit ni trop ni trop peu sur l’univers créé par Frank Herbert: si elle en avait trop dit, le tout serait alors effectivement devenu lourd, voire indigeste. Si elle n’en avait pas dit assez, on n’aurait pas compris grand-chose au monde imaginé par l’auteur américain, seuls les fins connaisseurs du roman auraient été en mesure d’apprécier le film, les autres, eux, se seraient trouvés face à une œuvre hermétique. Bref, c’est très intelligemment fait de la part de Denis Villeneuve.

Mais, au juste, de quoi parle Dune? Tâchons nous aussi de n’en dire ni trop ni trop peu.

Nous nous trouvons dans un futur lointain. L'univers connu est gouverné par l'Empereur. Parmi ses sujets se trouvent différentes Maisons, notamment la Maison Atréides et la Maison Harkonnen. L’Empereur a donné à cette dernière la gestion du fief d’Arrakis, une planète particulièrement inhospitalière: son climat est désertique, sa terre infertile, et s’y trouvent des vers des sables, des créatures gigantesques, extrêmement dangereuses. Mais pourquoi s’intéresser à cette planète? Parce qu’elle est le seul endroit où l’on peut trouver l’Épice. Cette substance rare fait l’objet de nombreuses convoitises, et pour cause: elle rend possible la navigation interstellaire et constitue, par ailleurs, un puissant stimulant cérébral, permettant de développer phénoménalement ses capacités psychiques. Il va sans dire que la valeur monétaire de l’Épice est élevée.

Sur Arrakis vivent depuis longtemps les Fremen. Ces autochtones habitent dans des grottes. La planète Arrakis, eux la nomment Dune. Les Fremen, bien que malmenés, brutalisés, méprisés par la Maison Harkonnen, sont néanmoins remplis d’espoir: ils croient en la venue d’un sauveur, un messie, qu’ils appellent le Madhi. Celui-ci les libérera du joug de la Maison Harkonnen. Dune deviendra alors un paradis.

Le baron Harkonnen et sa Maison dirigent donc Arrakis. Seulement, un jour, l’Empereur décide de remettre le fief de la planète des sables à la Maison Atréides, à la tête de laquelle se trouve le duc Leto Atréides. Ce dernier, alors, se rend sur la planète désertique. Dame Jessica, sa concubine appartenant à l’ordre religieux du Bene Gesserit, et leur fils Paul, sont du voyage. Dune raconte l’histoire de ce jeune homme, Paul Atréides, que d’aucuns pensent être l’Élu, le Madhi.

L’action, le sang, les explosions, on y a droit. Mais là n’est pas l’essentiel, disions-nous. Incontestablement, Denis Villeneuve sait créer des univers et des atmosphères. Il l'a prouvé avec Blade Runner 2049, il le prouve à nouveau avec Dune. Et puis il sait nous faire voyager, et nous émerveiller. C’est plutôt là, dirions-nous, qu’est l’essentiel. Dune, c’est la magie du cinéma à l’œuvre. Denis Villeneuve est non seulement un grand artiste, mais aussi un grand illusionniste: il parvient à donner le sentiment du réel, le sentiment du vrai. Oui, on y croit, à cet univers, parce qu’il a été habilement construit, parce qu’il est parfaitement cohérent; de même, on y croit, à cette histoire et à ces personnages, parce qu’ils sont vraisemblables; oui, on y croit, à tout cela, on voyage, nos yeux brillent, on s’oublie. Le tout –insistons– sans que notre intelligence soit insultée, c’est même le contraire.

Mais tout le mérite ne revient pas au seul metteur en scène, aussi brillant soit-il. Faut-il rappeler qu’un film, c’est un travail d’équipe?

Blade Runner 2049 frappait les esprits notamment par ses images, par leur beauté. Oscar de la meilleure photographie et Oscar des meilleurs effets visuels amplement mérités. Le directeur de la photographie? L’immense Roger Deakins (il a travaillé avec les frères Coen et Sam Mendes, pour ne citer que ces cinéastes-là). Mais Roger Deakins a laissé sa place à un autre, pour Dune. Greig Fraser lui a succédé. Et force est de constater qu’il a effectué un travail tout aussi remarquable sur Dune que Roger Deakins sur Blade Runner 2049. Côté effets visuels, on trouve Paul Lambert et Gerd Nefzer, déjà aux côtés de Denis Villeneuve par le passé (oscarisés pour Blade Runner 2049). Dune est éblouissant. Un régal pour les yeux.

Les mélomanes seront eux ravis de retrouver un Hans Zimmer en grande forme. Le compositeur allemand signe une partition atteignant des sommets. Ceux qui sont familiers de sa musique reconnaîtront aisément sa patte singulière: il y a des similitudes évidentes avec certains passages d’Interstellar, de The Dark Knight, d’Inception ou encore de Blade Runner 2049. L’œuvre musicale créée pour Dune joue un rôle-clé: elle contribue fortement à plonger le spectateur dans l’univers de Frank Herbert. On croirait presque se trouver, véritablement, au sein du désert, percevoir le moutonnement des dunes, entendre le froufrou du sable. Notons la présence inattendue, mais opportune, à un certain moment du film, d'un instrument peu commun: la cornemuse.

Dune, c’est aussi un casting de rêve: Timothée Chalamet, Zendaya, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Josh Brolin, Jason Momoa, Javier Bardem,… la liste des stars est longue. Si on peut juger les performances des acteurs quelque peu inégales, toujours est-il qu’il n’y a pas de véritable fausse note.

Mais il est temps, peut-être, de conclure. À ceux donc qui recherchent un blockbuster sortant des sentiers battus, un mastodonte cinématographique doté d’une intelligence éminente, un space opera autrement plus fin qu'un Star Wars à la sauce Disney, nous ne pouvons que recommander Dune.

Avant de nous retirer, une excellente nouvelle: les 155 minutes du film ne constituent, pour ainsi dire, qu’une mise en bouche. Oui, il ne s’agit là que de la première partie: il y aura, on s’en réjouit déjà, une suite à Dune.

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Votre avis sur ce film:
 

Clapman | 14.09.2021 09:32
 
On attendait avec impatience l’adaptation de la première partie des six romans de Franck Herbert jugés inadaptables au cinéma, il y a quelques années (on se souvient que Lynch s’était passablement cassé la figure avec sa version de 1984). Mais c’était sans compter sur les effets visuels informatiques actuels qui ont largement changés la donne de l’aspect « inadaptable » et surtout la passion de Denis Villeneuve pour la science-fiction dite « intelligente », qui, depuis « Contact » et la suite de « Blade Runner » a fait ses adeptes. La notion de l’inadaptabilité cinématographique vient surement d’ailleurs. La saga Dune, avec ses méandres, ses divers mondes et personnages mystiques n’est pas facile à suivre et certainement compliquée pour plaire au plus grand public comme le fût un certain temps le livre d’un certain Tolkien. Mais l’histoire et Peter Jackson ont montrés le contraire. Que dire de cette nouvelle adaptation de Dune ? A part que c’est d’une beauté sans peu de précédant, avec une bande sonore magnifique qui doit être absolument appréciées avec une sono du tonnerre et un grand, très grand écran (IMAX), Denis Villeneuve confirme sa passion pour la SF épique et non puérile comme on en voit actuellement trop souvent dans les salles. On sent tout de même une sortie prudente du studio qui veut savoir si le public suivra ou pas pour réaliser la suite. C’est peut-être pour cela aussi que le casting est hautement bankable afin de plaire au plus grand nombre. Le verdict, c’est le public qui le donnera. L’exercice est plutôt réussi même très réussi, on verra si les chiffres suivent. Les premiers avis sont très bons, mais c’est l’empereur argent qui aura le dernier mot de l’épice financière…