Film

Benedetta Benedetta (v.o)

Date de sortie 09.07.2021
Durée 127 minutes
Age 16/16
Pays France , Pays-Bas (Nederland)
Distributeur Pathé Films AG
Genre Drame
Réalisateur Paul Verhoeven
Acteur Clotilde Courau Virginie Efira Daphne Patakia [+]
Scénariste David Birke Paul Verhoeven
Auteur Judith C. Brown
Note CLAP.CH
 
5/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

Au XVᵉ siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des soeurs.

Paul Verhoeven

Clotilde Courau

Virginie Efira

Daphne Patakia

Olivier Rabourdin

Charlotte Rampling

Lambert Wilson

David Birke

Paul Verhoeven

Judith C. Brown

Critiques

Remy Dewarrat | Mercredi 7 juillet 2021
 

Miracle ou imposture?

A huitante-deux ans, Paul Verhoeven signe une magistrale leçon d’audace à l’heure où les algorithmes consensuels commencent à prendre le pouvoir dans le monde artistique. Il ose l’humour, le cynisme, l’horreur, l’onirisme, le réalisme, le saphisme, la violence physique et morale, et le drame historique dans un film qui ne laisse pas indifférent.

Inspiré par la lecture du livre de Judith C. Brown sur Benedetta Carlini (Soeur. Benedetta, entre sainte et lesbienne), le scénario de Paul Verhoeven et David Birke (qui avaient déjà signé Elle, le précédent film du réalisateur hollandais), joue la carte de l’audace et de la liberté artistique plus que celle de la provocation gratuite, comme on pourra le lire dans la plupart des critiques de ce long métrage salutaire à l’ère du politiquement, socialement et religieusement correct. Son deuxième long métrage consécutif dans la langue de Molière commence d’ailleurs par un gag. La jeune Benedetta, âgée d’à peine dix ans, se rend en famille à Pescia où elle doit entrer au monastère des Théatines. Elle est persuadée qu’elle est l’élue de la Vierge Marie. C’est ce qu’elle prétend à une bande de brigands prête à dévaliser le petit groupe de voyageurs qui fait une pose pour prier au pied d’une statue de la Sainte Vierge. A ces dires, l’un des voleurs se met à rire en se moquant de la jeune fille avant de recevoir une déjection d’oiseau en plein dans l’œil. Persuadé de la bonne foi et du pouvoir de Benedetta, les malfrats laissent la famille tranquille et rendent même son collier à la mère de la future nonne. Suit une scène de négociation financière entre le père de Benedetta et l’abbesse afin que sa fille soit acceptée au sein du monastère. Ce passage au cynisme parfaitement assumé montre combien le capitalisme et le catholicisme ont toujours fait bon ménage. En deux séquences, Paul Verhoeven donne le ton de son film et on va, dès lors, assister à une œuvre d’art qui revendique une liberté complète, marque de fabrique des créateurs qui ne suivent pas les règles de l’establishment et du succès établi sur la réussite exclusivement pécuniaire.

Adulte, Benedetta se dit sujette à des visions qu’elle juge être l’œuvre de son époux, Jésus en personne. Pour les matérialiser à l’écran, le réalisateur de Starship Troopers, ne se fixe aucune limite en jouant très habillement sur la surenchère de l’imagerie collective qui perdure depuis l’époque saint-sulpicienne. Il y va à fond et touche à un onirisme horrifique rarement égalé sur une toile blanche. En plus de ces tourments que Benedetta apparente à des bénédictions, l’arrivée au couvent de la jeune Bartolomea qui fuit un père violent considérant que sa fille doit remplacer sa femme décédée, va bouleverser la vie du monastère et celle de Benedetta en particulier. Refusant d’admettre son attirance pour la jeune novice, Benedetta va jusqu’à la punir de manière particulièrement violente comme l’évoque la scène des bobines de fil dans l’eau bouillante. Plus les deux jeunes femmes se rapprochent, plus les visions de Benedetta se renforcent au point de se concrétiser en stigmates. Crédule, le peuple de Pescia se met à considérer la religieuse comme une sainte, représentante terrestre de Jésus Christ. Mais dans les entrailles du monastère, une partie de ses résidentes doute de ce soi-disant miracle, jugeant l’affaire comme une imposture pure et simple. Pour se débarrasser de l’inopportune, les sceptiques vont utiliser la relation contre nature qu’elle entretient avec Batolomea pour la confondre. Mais le peuple se rallie à sa cause.

Paul Verhoeven nous offre une leçon d’audace magistrale qui imprègne chaque séquence de son film mémorable. Cela est particulièrement remarquable dans le jeu de l’intégralité de son casting que l’on sent parfaitement convaincu de sa démarche et entièrement dévoué au créateur et à son œuvre. Le cinéaste obtient des ses interprètes absolument tout ce qu’il veut. Dans le rôle titre, Virginie Efira est renversante. Il faut la voir dans les séquences saphiques qui vont très loin et quand elle parle avec la voix impressionnante du Christ. Daphné Patakia offre à Bartolomea sa fraîcheur et son impudicité dans un univers qui lui est hostile, avec énormément de talent et d’abnégation. Les vétérans Charlotte Rampling et Lambert Wilson se fondent littéralement dans leurs personnages d’abbesse déchue et de nonce du Pape prétentieux avec une telle jouissance que l’écran est régulièrement à deux doigts de rougir. Benedetta est une œuvre salutaire qui ne devrait laisser personne indifférent et prouve à quel point Paul Verhoeven est un artiste qui aime déranger, questionner, faire réfléchir, plus que le provocateur que l’on dépeint trop souvent. Son nouveau chef-d’œuvre se résume parfaitement dans la réplique de Soeur Petra, prostituée avant de devenir nonne, (magnifiquement incarnée par Gaëlle Jeantet connue pour être Guillemette dans La Petite Histoire de France) à Benedetta en position plus que délicate: «L’humiliation ne laisse pas de traces».

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