Film

Le Diable, tout le temps The Devil All theTime (v.o)

Date de sortie 16.09.2020
Durée 138 minutes
Age 16/16
Pays États-Unis (United States)
Distributeur Netflix
Genre Drame
Réalisateur Antonio Campos
Acteur Haley Bennett Jason Clarke Kristin Griffith [+]
Scénariste Antonio Campos Paulo Campos
Auteur Donald Ray Pollock
Note CLAP.CH
 
2.5/5
Note du public Aucun vote
  Voir la bande annonce

Synopsis

Knockemstiff, Ohio. Face à sa femme mourante, un homme désespéré, Willard Russell, tente le tout pour le tout. Il se tourne vers la religion. Ses prières vont petit à petit s'apparenter à des sacrifices dont Arvin, le fils du couple, pourrait être l'offrande ultime...

Antonio Campos

Haley Bennett

Jason Clarke

Kristin Griffith

Douglas Hodge

Tom Holland

Riley Keough

Robert Pattinson

Eliza Scanlen

Bill Skarsgård

Mia Wasikowska

Antonio Campos

Paulo Campos

Donald Ray Pollock

Critiques

Laurent Scherlen | Mercredi 30 septembre 2020
 

Le Diable, tout le temps est probablement le meilleur long-métrage actuellement proposé par Netflix. Adaptation du roman éponyme de Donald Ray Pollock, le film d'Antonio Campos (Simon Killer, Christine), d'une moiteur et d'un pessimisme à toute épreuve, s'inscrit comme une impitoyable parabole sur la contamination par le mal et sa transmission à travers les générations.

Explosant la temporalité de son récit, le metteur en scène suit les trajectoires de plusieurs personnages (un pasteur abusant de jeunes filles, un vétéran de la guerre hyper violent, un couple de tueurs en série, un policier corrompu, un prédicateur illuminé) qui in fine verront leurs trajectoires se rejoindre. Au milieu de ce chaos et de cette violence qui transpirent de la quasi-totalité des protagonistes, le personnage d'Arvin Russel (formidablement interprété par un Tom Holland semblant habité par son rôle), tente de se frayer un chemin. Contaminé dès son plus jeune âge par un père traumatisé par la guerre et que la maladie de sa femme a fait basculer dans la violence la plus sèche, Arvin s'évertuera à s'extirper d'une condition héréditaire qui ne cessera de lui coller à la peau.

La grande force du film réside tout d'abord dans sa narration impeccable, soutenue par la voix off de l'auteur du roman Donald Ray Pollock lui-même, conférant au récit un caractère fataliste et inéluctable dans lequel le déterminisme social le dispute à une vision désenchantée de l'humanité. Humanité semblant gangrénée de l'intérieur par la religion dont les dérives extrêmes et la blancheur immaculée de façade de ses représentants ne produisent que des victimes. A l'image du personnage du pasteur, porté par un incroyable Robert Pattinson, qui profite de son statut pour abuser d'innocentes jeunes filles.

La mise en scène de Campos ensuite, soutenue par la sublime photographie du chef opérateur Lol Crawley et l'admirable musique de Danny Bensi et Saunder Jurriaans, parvient à nous faire physiquement ressentir le mal qui ronge les protagonistes et l'irréversibilité du destin dont ils sont les véritables proies. Ponctuée d'éclats de violence qui rythment le récit telles les pulsations d'un battement de coeur, l'histoire déroule un mécanisme qui ne s'arrêtera jamais, jusqu'à une ultime scène qui scellera la destinée du personnage principal, le ramenant sur les traces de son père, bouclant la boucle d'une fatalité que l'on devinait dès le départ inévitable.

On pourra toujours pinailler sur une durée qui aurait gagné à être plus ramassée ou sur certains personnages que l'on aurait aimé voir davantage exploités (la soeur du policier corrompu, notamment), le fait est que Le Diable, tout le temps s'inscrit comme l'un des représentants les plus inoubliables du southern gothic.


Remy Dewarrat | Lundi 14 septembre 2020
 

Sud trop profond

Passablement encensée par une critique qui se satisfait de peu, cette production Netflix réalisée par Antonio Campos comporte pas mal des défauts souvent inhérents à la plateforme de streaming du milliardaire tellement peu cinéphile.

Quand on veut s’attaquer à l’une des pires pestes qui gangrène les Etats-Unis depuis sa création, à savoir la religion ultra fanatique, on essaie de ne pas sombrer dans les clichés maintes fois rabattus en chanson, en littérature et au cinéma. Malheureusement, The Devil All the Time saute à pieds joints dans ce piège et cumule les erreurs de goût de la première à la dernière scène, dans une volonté de spectacle assez rebutante, histoire de choquer le spectateur sans ne jamais l’interpeller.

On suit le parcours d’Arvin, un jeune homme né au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale qui va vivre au milieu d’une violence viscérale, pour ne pas dire tribale dont l’unique origine est la folie religieuse. Victime d’un traumatisme durant la campagne du Pacifique, le père d’Arvin perd la foi. Il n’y revient que par obligation quand son épouse est victime d’un cancer, pensant que son retour à la religion permettra de la sauver, dusse-t-il recourir au sacrifice. Ce sera un fiasco et le seul héritage qu’il laissera à son fils. Par la suite, Arvin qui ne demande rien à personne voit son destin croiser une galerie d’être masculins tous plus immondes les uns que les autres un prédicateur névrosé, un pasteur violeur, un tueur en série amateur de photographie et un flic pourri. Ces intrigues parallèles au parcours chaotique d’Arvin finissent par s’entremêler avec pour seul but de justifier leur rapport avec le jeune-homme. C’est un outil de dramaturgie assez paresseux qui appuie encore plus sur l’aspect spectaculaire du récit et sa volonté de choquer. Et il y a un côté assez malsain à ce procédé car cela permet à l’intrigue d’expliquer la violence des personnages sans jamais l’analyser puisqu’elle repose en grande partie sur la vengeance, rien de plus. En gros, quand le prédicateur névrosé pense qu’il peut ressusciter sa femme après lui avoir planté un tournevis dans la gorge, il sera l’une des victimes du tueur en série, et ainsi de suite.

On a juste droit à un chapelet de morts violentes que le film égrène inlassablement dans une mise en scène dépourvue de toute envergure qui se repose uniquement sur ses personnages sans les sonder. Après une fin qui en remet une couche épaisse comme le cuir d’un pachyderme, condamnant Arvin à un avenir peu radieux, on sort de cette longue épreuve, certes soulagé, mais assez remonté contre leurs auteurs. Vient-on d’assister à un divertissement? On espère que non, car se divertir avec un tel sujet traité de cette manière relève d’une santé mentale défaillante. Voulait-on nous dire que le fanatisme religieux est mauvais? Pourquoi pas, mais ma bonne dame, il ne suffit pas de l’asséner comme c’est le cas ici à travers des personnages monolithiques. Il faut chercher autre chose que de simplement enfoncer un clou déjà fortement ancré dans son support. Une thématique aussi forte se doit d’interroger son spectateur, l’amener à la réflexion, lui proposer différents points de vue. Ce n’est malheureusement pas le cas dans ce film basique sans relief. The Devil All the Time comporte à lui seul bien des défauts qui constituent les faiblesses de Netflix et des autres plateformes de streaming et leur ambition de remplacer Hollywood en usant exactement des mêmes ressorts: l’émotion supplante la réflexion, le spectaculaire éclipse l’analyse, la lourdeur repousse la subtilité, l’esthétisme évince le talent, le commercial détrône l’art.

Merci d'avoir voté pour ce film !
Votre commentaire sera validé par notre cher administrateur...
Votre avis sur ce film: