Film

1917 1917 (v.o)

Date de sortie 15.01.2020
Durée 119 minutes
Age 14/14
Pays États-Unis (United States)
Distributeur Universal Pictures International Switzerland GmbH
Genre Guerre
Réalisateur Sam Mendes
Acteur Dean-Charles Chapman Benedict Cumberbatch Colin Firth [+]
Scénariste Sam Mendes Krysty Wilson-Cairns
Auteur Sam Mendes Krysty Wilson-Cairns
Note CLAP.CH
 
3.8/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Blake et Schofield, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

Sam Mendes

Dean-Charles Chapman

Benedict Cumberbatch

Colin Firth

George Mackay

Mark Strong

Sam Mendes

Krysty Wilson-Cairns

Sam Mendes

Krysty Wilson-Cairns

Critiques

Laurent Scherlen | Dimanche 26 janvier 2020
 

Le réalisateur Sam Mendes est capable du meilleur (Skyfall, son chef-d'oeuvre Revolutionary Road) comme du pire (American Beauty, Les Sentiers de la Perdition). Avec 1917, il livre un film tout juste moyen, survendu par son concept de (faux) plan-séquence unique, le procédé tuant ici toute émotion dans l'oeuf et distillant petit à petit un ennui presque mortel. Que Mendes ait voulu relever le défi du long-métrage tourné en un plan unique, soit. Encore aurait-il fallu que ce choix fut porté par des prétentions narratives créatrices de sens et d'émotion, ce qui est loin d'être le cas.

Ainsi, le spectateur se sent bien peu impliqué dans l'histoire, restant desespérément extérieur à l'action, ce qui, pour un film de guerre, est quelque peu problématique. Outre le fait que les raccords reliant entre eux les plans pour en faire un factice plan-séquence de deux heures sont visibles comme le nez au milieu de la figure, l'absence de coupes et de contrechamps tuent toute émotion, la caméra se bornant à jouer au petit jeu du plan unique. Ou comment se tirer une balle dans le pied.

Cependant, il serait malhonnête de ne rien sauver de 1917, à l'image de la séquence de nuit dans la ville détruite, qui nous emmène aux frontières du fantastique et prouve si besoin en était l'exceptionnel talent du chef opérateur Roger Deakins. Ou encore la scène finale dans laquelle Mendes parvient à créer un suspense à l'intérieur des tranchées, au bout de 120 minutes de technique pour le plaisir de la technique.

Certains crient au chef-d'oeuvre et la prochaine cérémonie des Oscar réservera certainement au film une partie de sa moisson. En termes de poudre aux yeux, 1917 aura assurément réussi son coup. D'un point de vue cinématographique, c'est une autre paire de manches.


Remy Dewarrat | Lundi 13 janvier 2020
 

Ceci n’est pas un plan séquence

Se basant sur les souvenirs de son grand-père, Sam Mendes signe un long métrage qui magnifie de manière sublime sacrifice, camaraderie et humanisme dans un contexte proche de l’enfer.

Avril 1917. Pendant une rare pause entre deux batailles lors d’une fin de journée ensoleillée quelque part dans le Nord de la France, le Caporal anglais Blake (Dean-Charles Chapman) est prié de rejoindre le poste du Général Erinmore (Colin Firth) en emmenant avec lui un homme de son choix. Accompagné par son camarade le Caporal Schofield (Georges MacKay), il traverse une longue galerie pour atteindre son but. Là, le Général lui confie une mission: rejoindre les troupes du Colonel MacKenzie (Benedict Cumberbatch) avec le message d’annuler l’assaut prévu le lendemain à l’aube car il vient d’apprendre que c’est un piège ourdi par les ennemis allemands. La vie de mille-six-cents soldats britanniques et alliés en dépend. Parmi eux figure le frère aîné de Blake et c’est pour cette raison que le Général l’a choisi pour porter ce bout de papier crucial. La dizaine de kilomètres que doit parcourir Blake et Schofield passe par un no man’s land qui semblerait avoir été fui par les forces allemandes, une petite ville et une forêt.

Sam Mendes, magistralement appuyé par son chef opérateur Roger Deakins, prend le parti d’évoquer cette aventure en ayant recours à une caméra narratrice qui suit les deux camarades à la trace. Cette dernière a pour but de témoigner de leur périple et non d’immerger le spectateur, comme l’ont très maladroitement analysé certains, puisque elle ne possède aucun point de vue subjectif et ne représente personne de concret. Cette audace aussi bien technique que narrative place l’auditoire dans une position de témoin privilégié et non d’acteur de l’action comme ce serait le cas dans un jeu vidéo par exemple. On a ici, non pas un plan séquence comme on a pu le lire et l’entendre un peu partout, mais une prouesse beaucoup plus subtile qui transcende cette grammaire cinématographique très précise. Avant toute chose, il y a un monteur crédité au générique, Lee Smith. Et on sait pertinemment que les technologies en perpétuelle évolution permettent aujourd’hui de tricher en matière de  très long plan en mouvement, comme on l’a vu récemment dans Birdman d’Alejandro G. Iñárritu. L’image numérisée est malléable à merci et on peut sans autre raccorder deux prises de vue pour n’en faire qu’une. L’illusion est parfaite et le noble métier de cinéaste peu être comparé à celui de prestidigitateur. Normal dès lors que l’on ne dévoile pas ses tours de passe-passe afin de ne pas briser la magie qui en découle. Et 1917 va même plus loin car il contient un véritable coup de génie pour casser cette illusoire continuité en se scindant en deux séquences remarquablement distinctes du point de vue temporel. C’est là tout le propre de l’art: transcender les outils qui sont à sa disposition.

Le long métrage de Sam Mendes regorge de scènes mémorables. Le no man’s land est jonché de cadavres putrides dont les corbeaux et les rats font leur festin. Il y a même à ce moment-là un passage à la fois drôle et atroce qui illustre à merveille l’absurdité de la guerre sous la forme d’un pied-de-nez tout britannique quand il s’agit d’évoquer ces choses-là. L’épisode de la galerie souterraine sert de révélateur à la complicité sans faille entre les deux hommes et la renforce. La séquence se déroulant dans une cour de ferme marque un coup de théâtre narratif très fort et fait entrer concrètement l’ennemi dans le récit. La ville est le théâtre d’un moment en apesanteur d’une rare beauté. On assiste à une rencontre inattendue entre deux êtres perdus au milieu de l’enfer. Et le final en apothéose magnifie la détermination et l’honnêteté à travers un personnage qui s’avère être un vrai héros, un anonyme que la force des choses élève à un rang qu’il ne visait pas.

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