Film

La Forme de l'eau The Shape of Water (v.o)

Date de sortie 21.02.2018
Durée 123 minutes
Age 14/16
Pays États-Unis (United States)
Distributeur 20th Century Fox
Genre Drame , Fantastique , Aventure
Réalisateur Guillermo del Toro
Acteur Sally Hawkins Richard Jenkins Doug Jones [+]
Scénariste Guillermo del Toro Vanessa Taylor
Auteur Guillermo del Toro
Note CLAP.CH
 
3/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

Modeste employée d'un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence morne et solitaire, d'autant plus isolée qu'elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu'elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres...

Guillermo del Toro

Sally Hawkins

Richard Jenkins

Doug Jones

Octavia L. Spencer

Michael Shannon (I)

Michael Stuhlbarg

Guillermo del Toro

Vanessa Taylor

Guillermo del Toro

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 19 février 2018
 

La muette et le triton

Comment un conte aussi niais cousu de tout ce qui plaira au plus grand nombre en faisant bien attention de ne blesser personne, peut-il réunir la cinéphilie actuelle dans son ensemble?

Le dernier film d’auteur de Guillermo del Toro souffre du syndrome d’Amélie Poulain et, c’est bien connu dans les civilisations occidentalisées, les malades attirent la sympathie, l’empathie de salon et font vendre des best sellers souvent indigestes, tant ils dégoulinent de bons sentiments et de la fameuse sacro-sainte émotion, celle censée et fabriquée pour faire pleurer n'importe qui, condamnant ceux qui ne s’y vautrent pas à des termes comme sans coeur, etc.

The Shape of Water part très mal au son de la musique très peu inspirée du pourtant talentueux Alexandre Desplat qui lorgne d’office vers des intonations franchouillardes à grand renfort d’accordéon. Puis, on fait la connaissance de l’héroïne à laquelle on est obligé de s’identifier, Elisa Esposito (Sally Hawkins) qui, en plus d’être muette n’est pas, comme disait Pierre Mortez dans Le Père Noël est une ordure: «… moche mais n’a pas un physique facile, c’est différent.» Elle a pour voisin un membre d’une communauté devenue intouchable et travaille comme femme de ménage dans un laboratoire américain où l’on pratique des expériences inavouables classifiées top-secret. Sa collègue est représentée par un personnage tout en bonhommie issu lui aussi d’une minorité. Au moment où les Russes ont mis sur orbite la chienne Laïka, les Américains planchent sur un programme d’habitation dans l’espace. Eilsa découvre alors qu’une créature, ressemblant à un triton, capturée dans un lagon d’Amérique du Sud par un scientifique à l’égo et à la soif de pouvoir surdimensionnés (Michael Shannon que l’on a vu bien plus convaincant), est l’objet d’expériences brutales de ce fameux programme. D’abord fasciné par cet être différent comme elle, elle s’en amourache et décide de lui venir en aide.

Bien sûr, la mise en scène et tout l’aspect technique et artistique du film possèdent ce qu’il faut pour rendre l’objet beau et agréable à regarder, mais de loin pas au point de crier au génie. Mais tout ceci est au service d’un conte à la fois moderne et rétro (ah la nostalgie, autre valeur sûre très à la mode des réseaux sociaux) mille fois raconté depuis la nuit des temps de manière beaucoup moins niaise. Le récit agace par sa volonté de vouloir plaire à tout le monde en caricaturant ses personnages conçus pour défendre ce qu’ils représentent, communauté afro-américaine, LGBT, handicapés, etc. C’est facile et manichéen au possible, cela ne fait aucune vague, c’est propret, cela ne destabilise jamais, c’est lisse et plat, et ce n’est pas la nature divine de la créature ni les références pour cinéphiles qui viennent sauver quoi que ce soit à cette histoire des plus cul-cul. Le sort réservé à chacun est on ne peut plus dans la même veine et les méchants seront jugés et condamnés. Et là on se dit que ce long métrage tient beaucoup plus du ringard que de la modernité. On finit rapidement par s’y ennuyer ferme et on trouve incompréhensible qu’il soit autant sollicité et récompensé.


Max Borg | Lundi 19 février 2018
 

L’amour de la lagune noire

Le cinéaste mexicain évoque ses obsessions habituelles avec un conte époustouflant, émouvant et très cinéphile.

Il y a deux ans, on avait retrouvé Guillermo del Toro au cinéma avec Crimson Peak, un thriller gothique visuellement fascinant mais inspiré d’un type de cinéma décalé pas toujours compatible avec les sensibilités plus classiques du réalisateur mexicain. Le voilà donc de retour avec ce qui pourrait même être son plus beau film: The Shape of Water, un croisement carrément magique entre La Belle et la bêteL’Etrange Créature du lac noir et l’atmosphère paranoïaque de l’Amérique des années 60 (le récit est situé en 1962).

Le ton féérique est présent d’emblée, avec une voix over sur des images de chambres submergées qui mentionne une histoire d’amour, une princesse sans voix et un monstre. La princesse, c’est Elisa (Sally Hawkins), une femme muette qui vit avec l’artiste au chômage Giles (Richard Jenkins). Elle travaille dans un centre de recherche du gouvernement américain comme femme de ménage, aux côtés de l’amie Zelda (Octavia Spencer). Un jour, un agent nommé Strickland (Michael Shannon) débarque avec une étrange créature (Doug Jones, acteur-fétiche du réalisateur, caché sous un maquillage impressionnant comme d’habitude). Un lien va se créer entre deux personnes apparemment incapables de communiquer de façon normale, alors que les USA et l’Union Soviétique ont des projets pour l’homme amphibien (dont les bruits sont, d’après le générique de fin, produits par del Toro lui-même).

Loin des inspirations japonaises de Pacific Rim et des fantômes décevants de Crimson Peak, del Toro revient aux origines avec un véritable conte, qui assume complètement son côté romantique véhiculé à travers un hommage sincère à une époque pas si lointaine que ça (les propos de certains personnages rappellent les Etats-Unis aujourd’hui), un mélange touchant de magie et de sang, et une lettre d’amour au cinéma, non seulement au niveau du design de la créature qui fait carrément penser à Jack Arnold (avec des éléments d’Abe Sapien, joué par Jones dans les deux Hellboy), mais aussi par le biais d’un vrai usage de la machine cinématographique, notamment dans un interlude musical tellement beau qu’il sera difficile de sortir de la salle sans pleurer de joie.

Si l’histoire d’amour marche, c’est grâce à la sensibilité narrative du cinéaste, mais aussi au couple le plus bizarrement adorable de 2017. Hawkins, qui se fit remarquer en 2008 pour son énergie débordante dans Happy-Go-Lucky, livre ici une prestation basée sur la soustraction, avec une éloquence jouissive cachée dans son silence. Jones, comédien parfois sous-estimé en raison de son lien avec le cinéma de genre, est encore plus notable avec un travail très humain qui apparaît clairement derrière les yeux d’une créature beaucoup moins monstrueuse que le méchant, effrayant et formidable, incarné par Shannon. Entendra-t-on ces noms, ainsi que celui du film, dans le cadre de la saison des prix en 2018? On l’espère vivement, car il est très rare de voir un hommage au septième art qui soit aussi lui-même une sublime leçon de cinéma. 

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