Film

Rodin Rodin (v.o)

Date de sortie 24.05.2017
Durée 119 minutes
Age 12/16
Pays France
Distributeur Praesens-Film AG
Genre Drame
Réalisateur Jacques Doillon
Acteur Séverine Caneele Izïa Higelin Vincent Lindon [+]
Scénariste Jacques Doillon
Note CLAP.CH
 
4.5/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

A Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l'Etat: ce sera La Porte de L'Enfer composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme Le Baiser et Le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu'il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d'admiration commune et de complicité

Jacques Doillon

Séverine Caneele

Izïa Higelin

Vincent Lindon

Bernard Verley

Jacques Doillon

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 22 mai 2017
 

De l’épreuve de l’art

Après son Prix d’Interprétation au festival de Cannes en 2015 dans La Loi du marché de Stéphane Brizé, Vincent Lindon revient sur la Croisette en incarnant Auguste Rodin sous l’oeil aiguisé de Jacques Doillon.

Rodin commence au moment où le sculpteur reçoit sa première commande de l’Etat, La Porte de l’Enfer qui sera composée de figures dont certaines deviendront légendaires tel Le Baiser ou Le Penseur. Il a quarante ans et partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours. Mais une élève douée et fascinante intervient dans sa vie. Elle se nomme Camille Claudel. Le film de Jacques Doillon est l’autre point de vue de celui de Bruno Nuyten, Camille Claudel avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu, qui s’attardait sur le destin et les aspirations de la jeune femme.

Le cinéaste montre un créateur au travail et son long métrage dépeint parfaitement que cette activité, quoique peuvent en penser beaucoup, n’est pas un passe-temps du dimanche après-midi pour bourgeois qui s’ennuient, mais un travail, un vrai, comme le dit si bien Rodin lui-même à la fin de la bande-annonce du film: «La beauté, on ne la trouve que dans le travail. Sans lui, on est foutu.» Le labeur inhérent à la création suinte de chacune des images sublimes de Christophe Beaucarne qui signe une photographie touchant au chef-d’œuvre en jouant sur des contrastes tranchants, une lumière douce et caressante, et la pénombre du décor principal, évoquant parfaitement la besogne que l’art exige. Rodin se déroule essentiellement dans l’atelier du sculpteur et on le voit souvent mettre la main au plâtre et à la glaise, façonnant ses formes, les détruisant pour mieux les refaire, les abandonnant pour d’autres motifs. On le sent impliqué corps et âme dans ce qu’il fait, dans ce qu’il espère faire naître d’une masse d’argile grise, mais on est aussi témoins de ses nombreux doutes, de ses interrogations, moteurs indispensables à toute création, comme dans ce plan mémorable où il encastre la statue d’une femme accroupie dans les bras de celle d’un homme debout.

Cette fougue se retrouve dans sa relation passionnée avec Camille Claudel dont il est happé autant par le talent que par la personne. Il a envers elle des gestes parfois rustauds allant jusqu’au brutal ou tendre à la limite de l’enfantin. Et face à lui, il y a du répondant, une jeune femme hors norme pour l’époque, déterminée à imposer son art personnel et non juste à se contenter d’être l’élève du maître. Leur passion vouée à l’échec est admirablement évoquée dans une scène de jeu verbal quand Camille demande à Rodin de définir leur amour de la sculpture par trois mots. Il rétorque: «Approche, tourment, mort.» Et elle répond: «Etreinte, vertige, passion.» Izïa Higelin l’incarne parfaitement et fait admirablement évoluer son personnage, de la fraîcheur à l’entêtement qui finira par la conduire, contre son gré, en institution psychiatrique. Son interprétation apporte une pierre supplémentaire et remarquable au personnage de cette artiste déjà incarnée par Isabelle Adjani et Juliette Binoche.

Dans le rôle titre, Vincent Lindon crève l’écran. Il s’empare de son rôle avec une telle maestria qu’il devient Rodin et fait oublier sa propre personne. Très astucieusement, Jacques Doillon intègre un des défauts de l’acteur, sa diction parfois à la limite de l’audible, pour en faire un trait de caractère du personnage. Rodin parle très souvent dans sa barbe, marmonne, réfléchit à haute voix de manière inintelligible, si bien que, lors d’une visite dans son atelier, des commanditaires lui demandent de répéter clairement ce q’il vient de dire.

Il faut aussi noter la performance de Séverine Caneele dans le rôle de Rose. Celle que l’on avait découvert dans L’Humanité de Bruno Dumont, pour lequel elle avait partagé le Prix d’Interprétation Féminine avec Emilie Dequenne dans Rosetta des frères Dardenne à Cannes en 1999, campe une femme terrienne et amoureuse de son homme avec une force à toute épreuve. Elle représente la stabilité, la fidélité et l’amour indéfectible ne supportant aucune entorse, avec une sublime justesse.

Rodin met aussi en avant la fascination et la complexité de retranscrire une matière aussi souple et difficilement traduisible que la peau humaine dans un matériau inerte. Le cinéaste parvient à faire ressentir tout l’aspect charnel qui est indissociable de l’oeuvre de Rodin et Claudel. Et il y a ces discussions pertinentes entre collègues quand Rodin est invité chez un défenseur de l’art avec Paul Cézanne ou Claude Monet, entre autres. Ces dialogues sont l’un des nombreux points forts de ce film important et permettent à Jacques Doillon de disserter sur la peine que les artistes éprouvent pour s’imposer auprès de celles et ceux qui rejettent purement et simplement leurs activités, et donc leur raison de vivre, s’ils n’y voient pas au moins un intérêt économique. Et cette attitude pour le moins discutable est toujours d’actualité, si ce n’est encore plus renforcée de nos jours.

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