Film

A German Life A German Life (v.o)

Date de sortie 10.05.2017
Durée 113 minutes
Age 12/14
Pays Autriche (Österreich)
Distributeur Agora
Genre Documentaire
Réalisateur Christian Krönes Olaf S. Müller Roland Schrotthofer [+]
Acteur Brunhilde Pomsel
Note CLAP.CH
 
5/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

De 1942 à la fin de la guerre, Brunhilde Pomsel a travaillé comme sténographe au service du Ministre de la propagande du régime nazi, Joseph Goebbels. Décédée en janvier 2017, elle était le dernier témoin vivant ayant connu la machine du pouvoir nazi de l’intérieur et, âgée de 105 ans, elle raconte ici son histoire. Sa vie est aussi le reflet des principaux événements et ruptures historiques du 20ème siècle. Et si aujourd’hui, beaucoup de gens pensent que les dangers du fascisme sont écartés depuis longtemps, le témoignage de Brunhilde Pomsel nous fait clairement comprendre que tel n’est pas le cas.

Christian Krönes

Olaf S. Müller

Roland Schrotthofer

Florian Weigensamer

Brunhilde Pomsel

Critiques

Jeanne Rohner | Lundi 8 mai 2017
 

Dernier témoignage d'une jeunesse insouciante

Il est facile de qualifier tout documentaire portant sur le nazisme et ses horreurs d’«essentiel». A la sortie de A German Life, ce terme est pourtant le premier qui vient à l’esprit, après deux heures passées à écouter le récit hallucinant de Brunhilde Pomsel (104 ans lors du tournage et décédée cette année juste après avoir fêté son 106e anniversaire), ex-sténo ayant servi à la Propagandastaffel nazie.

En 2014, celle-ci brise le silence, sept décennies après le suicide de Joseph Goebbels, pour qui (et la nuance est forte) elle a travaillé. Son discours est peut-être rôdé («Nous n’en savions rien, tout était bien secrètement gardé»), mais son histoire, reflet de ce qu’a pu traverser le peuple allemand, n’en reste pas moins puissante, d’une clarté glaçante, à la limite du surréalisme.

Le film s’ouvre sur une Brunhilde Pomsel que l’on découvre par morceaux entrecoupés de fondus au noir: dans un silence absolu, la caméra sillonne son visage parcheminé, ausculte ses mains, sa nuque, son front, s’attarde sur ses yeux vifs et pétillants, comme pour tenter de la percer à jour, de comprendre la fascination de tout un peuple pour le délire d’un homme, une nation entière figée dans une sorte de torpeur générale. Mais c’est sur un souvenir très personnel que le film débute, symptomatique de la société dans laquelle la vieille femme a grandi, et qui est prête à basculer: elle raconte comment, en rang d’oignons, elle-même et ses frères et sœurs se faisaient battre régulièrement avec la tapette à tapis. Réminiscences d’une enfance «à la dure», et d’une époque où la discipline est reine car «c’est quand même plus facile quand tout le monde file droit». Produit donc d’une discipline de fer assénée par un père qui a servi durant la Première Guerre, Brunhilde Pomsel aura été utilisée par la machine nazie jusqu’à la fin, c’est-à-dire son retranchement, avec les autres secrétaires du ministère, dans le bunker du Führer. Emaillés de films d’archives de propagande nazie et américaine (plus rarement montrés), les gros plans sur cette dame d’une lucidité extraordinaire, apportent force et sobriété aux mots choisis pour décrire l’endoctrinement d’une nation. Au paroxysme de cette hystérie collective, elle se souvient avoir été terrifiée et subjuguée à la fois par le fameux discours tenu par Goebbels en février 1943, où l’homme si distingué et poli, «civilisé et sérieux», se transforma soudainement en orateur tempêtant devant une foule en délire, appelant à la guerre totale devant un parterre d’Allemands comme envoûtés par des paroles dont elle-même avoue n’avoir même pas cherché à comprendre le sens.

A travers l’histoire de cette jeune secrétaire, qui s’est toujours proclamée apolitique, certains chercheront peut-être à connaître l’homme derrière le monstre qu’était Goebbels. Or, A German Life esquisse surtout le portrait d’un peuple et en particulier d’une jeunesse allemande d’entre-deux guerre portée par les promesses d’un parti réconfortant et salvateur. Comment tout un peuple en est arrivé là ? La question obsédante et épineuse s’énoncerait plutôt ainsi: quelle serait ma réaction si tout cela recommençait? Loin d’essayer de se dédouaner ou de se racheter une conscience, Brunhilde Pomsel réfléchit, creuse dans sa mémoire et, sans hésitation, assène des mots qui font froid dans le dos: «aujourd’hui, les gens disent qu’ils auraient résisté. Je pense qu’ils sont sincères, mais, croyez-moi, la plupart n’aurait rien fait». Bien que la vieille dame reconnaisse admirer les jeunes d’aujourd’hui, qui font montre de plus de maturité que les jeunes allemands de l’époque, son témoignage sert de mise en garde; dans un présent qui fait dangereusement écho à la réalité sociale qu’a connu Brunhilde Pomsel adolescente, son témoignage a une résonance singulière. C’est ce qui fait la force de ce documentaire créé à quatre mains, essentiel plus que jamais face à la séduisante bulle d’insouciance et d’ignorance qui plane sur notre société.

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