Film

Room Room (v.o)

Date de sortie 09.03.2016
Durée 118 minutes
Age 12/16
Pays Canada , Irlande (Ireland)
Distributeur Elite Film AG
Genre Drame , Thriller
Réalisateur Lenny Abrahamson
Acteur William H. Macy Brie Larson Megan Park
Note CLAP.CH
 
4.8/5
Note du public
 
4.5/5
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Synopsis

Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack ait jamais connu. L’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé.

Lenny Abrahamson

William H. Macy

Brie Larson

Megan Park

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 7 mars 2016
 

Ce film fait partie des rares moments qui vous restent à jamais gravés dans l’esprit par sa puissance et sa justesse et fait d’ors et déjà partie des plus belles histoires d’amour dans son sens le plus noble du terme vues sur la toile blanche d’une salle obscure.

En pénétrant dans Room de Lenny Abrahamson, on découvre une jeune femme Joy et son fils Jack, qui porte les cheveux très longs, vivant dans un bunker. Le matin, Jack se réveille en saluant gaiement Monsieur Télévision, Madame La Lucarne, etc, s’adressant directement aux peu d’objets que l’on trouve dans cet espace très confiné. Aurait-on affaire à une folle qui aurait décidé de vire enfermé par crainte d’un cataclysme extérieur? On se pose des questions, mais la réponse intervient rapidement quand un homme, que Joy nomme Old Nick en son absence, entre par une porte particulièrement blindée: Joy est séquestrée comme esclave sexuelle depuis plusieurs années et  son fils est né en captivité. Résignée à son sort, elle s’est donc efforcée d’élever Jack en lui inculquant que l’univers se résume à leur cellule et que les images de la télévisions sont irréelles. Mais pour mettre au point une idée folle de s’en sortir avec son fils, elle doit en très peu de temps lui expliquer qu’elle lui a menti pendant cinq ans et que c’est l’inverse. Jack se révolte.

Dans son introduction, Room exprime avec une sensibilité exceptionnelle le quotidien dans une situation sordide et malsaine, sans ne jamais se vautrer dans le glauque racoleur cher à un certain public avide de produits vulgaires qui étalent sans aucune réflexion (on dit décomplexé quant on veut briller en société en défendant cette tendance) un ramassis de scènes obsessionnellement gratuites. Bien sûr que ce que vivent Joy et Jack met mal à l’aise et les visites de Old Nick sont des moments d’horreur complète en soi. Lenny Abrahamson opte pour une mise en scène crue et froide, en ayant par exemple recours à l’absence de musique, à un éclairage aux néons et à un montage qui montre à quasiment chaque plan l’étroitesse de la prison de ses personnages, de telle manière que, comme Jack et sa mère, le spectateur n’aie qu’un envie: quitter cet enfer.

Après ce premier tiers brillant, intervient la sublime scène de la concrétisation du plan audacieux de Joy au son de la sublime chanson The Mighty Rio Grande de This Will Destroy You. Cette séquence est tellement forte que l’on respire de nouveau, comme si l’on avait retenu son souffle pendant toute la première partie: c’est l’une des plus belle évocation cinématographique du soulagement. Puis c’est le moment du chapitre de l’après séquestration où Joy retrouve le monde qu’on lui avait arraché pendant si longtemps et Jack le découvre pour la première fois. Cette renaissance n’est pas sans embuche et la mère et son fils l’éprouvent de manière différente, faisant face à des problèmes qu’ils n’ont pour la première fois pas en commun. Dans un autre registre, le monde extérieur se montre aussi hostile au premier abord que celui des années de sévices. Pour Joy, il a changé et la déstabilise à tel point qu’elle plonge dans une noirceur abyssale. Pour Jack, il est neuf, vierge et le motive à le faire redécouvrir à sa mère.


Firouz-Elisabeth Pillet | Lundi 7 mars 2016
 

Pas de jeux vidéo ni d’Internet pas de lumière du jour, si ce n’est le filet ténu qui filtre par la minuscule lucarne qui trône au milieu du plafond. Seulement quatre murs, un lit, une baignoire, un minuscule placard et un vieux téléviseur qui ne semble diffuser qu’une seule chaîne. Voici l’univers exigu et anxiogène dan lequel vivent Jack, cinq ans, et sa maman Joy (Brie Larson). Dans ce nouveau film du réalisateur Lenny Abrahamson, Room, Jack a vécu dans cet espace confiné depuis sa naissance, avec pour seule relation l’amour de sa mère protectrice qui mime des histoires pour convaincre Jack que leur vie est tout à fait normale. Seule élément extérieur: un mystérieux inconnu qui surgit furtivement et vient chaque semaine pour déposer des fournitures et contraindre Joy à des relations sexuelles et que cette dernière appelé «Old Nick».

Ce film à petit budget est l’occasion pour Abrahamson de livrer un opus puissant tant par le choix du sujet que par la réalisation et la direction d’acteurs. Plutôt que de se concentrer sur la bataille psychologique que se livrent la victime et le bourreau, le cinéaste s’intéresse à l'histoire qui vient après, ce qui se passe quand le public assiste à cette résilience et cette renaissance. S’opère alors une exploration lente et impeccable de la relation entre la mère et le fils qui survivent malgré les effets dévastateurs à long terme de la violence.

Room fait songer aux affaires de Natascha Kampusch et Fritzl et on redoute le pire mais cette inquiétude est rapidement dissipée. Lenny Abrahamson évite le piège du sordide et parvient à faire un film bouleversant malgré la difficulté du sujet qui cède la place à la transcendance, en transformant l’une des histoires les plus sombres en un acte grandiose d’amour filial.

Basé sur le roman éponyme d’Emma Donoghue, le noyau du film se centre sur les deux personnages principaux en captivité. Quand le film commence, Jack s’est ajusté de manière remarquable dans le monde magique que sa maman a créé pour lui, saluant gaiement tous les meubles dans la pièce  car pour Jack, chaque objet a une personnalité et un nom propre. Il est tout simplement persuadé de vivre dans un conte de fées; alors, quand sa maman lui  révèle qu'elle a été enlevée il y a sept ans et qu’il et temps d’échapper à leur ravisseur, Jack voit son monde imaginaire s’effondrer puisqu'il est devenu dépendant des histoires de sa maman.

Mais, une fois la liberté recouvrée, Joy rapidement frappée par le fossé entre la vie qu’elle connaissait et la réalité qu’elle découvre. En son absence, la vie a continué à se poursuivre et l’issue heureuse qu’elle a osé imaginer semble tout simplement impossible.

Toute l'histoire repose sur les performances d’interprétation exceptionnelles de Brie Larson (Joy) et Jacob Tremblay (Jack), le film repose essentiellement sur leur travail vraiment étonnant. Jacob Tremblay évolue à travers une gamme de couleurs émotionnelles incroyables au cours du film, avec  subtilité et nuance, ce qui impressionne pour un acteur de son âge. Quant à Brie Larson, son travail est tout aussi grandiose, livré avec honnêteté et une authenticité brute, à mesure qu’elle crée son personnage. Mais elle tombe progressivement en morceaux pour disparaître complètement dans le rôle de l‘image maternel que Joan Allen assume peu à peu en tant que  grand-mère; cette transition subtile se fait à pas feutrés, délicatement.

Si vous disposez de peu de temps pour le Septième Art, Room est le film à ne pas manquer. En tant que spectateurs, nous ne sommes tout simplement pas habitués à suivre des personnages dans un univers anxiogène qui suscite des émotions, en particulier une empathie à l‘égard des protagonistes à l’instar du Silence des Agneaux de Seven. A souligner que, malgré l'extrémité de leur situation, Abrahamson aime ses personnages et veut les gratifier d’une fin heureuse.

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