Film

Les âmes noires Anime Nere (v.o)

Date de sortie 22.10.2014
Durée 103 minutes
Age 16/16
Pays France , Italie (Italia)
Distributeur Xenix
Genre Drame
Réalisateur Francesco Munzi
Acteur Fabrizio Ferracane Marco Leonardi Peppino Mazzotta
Note CLAP.CH
 
3/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

Luigi et Rocco, fils d’un berger proche de la ’Ndrangheta, la mafia calabraise, sont dans le trafic international de drogue. Luciano, le troisième frère, est berger comme son défunt père assassiné par une famille rivale. Il s’occupe des terres familiales et a décidé de rester à l’écart des activités de ses frères. Malgré ses efforts pour protéger ses proches de cet héritage de violences et de rancoeurs, son fils Léo est attiré par ce monde où la loi du sang et le sentiment de vengeance sont maîtres.

Francesco Munzi

Fabrizio Ferracane

Marco Leonardi

Peppino Mazzotta

Critiques

Firouz-Elisabeth Pillet | Mercredi 22 octobre 2014
 

CONTRE

«Trop dangereux, trop mafieux, trop tout»: voilà ce qu’a affirmé Francesco Muni lors de la conférence de presse vénitienne à la Mostra 2014. Cela a été une tache ardue pour le réalisateur (Saimir, il resto della notte) de passer derrière la caméra pour tourner dans les rues et dans les maisons d’Africo (ndlr. une commune italienne de la province de Reggio de Calabre dans la région Calabre, au Sud de la péninsule) Anime nere, son dernier film qui, avant de prendre forme, était devenu une obsession, selon les aveux du cinéaste: «Je me débattais avec un autre projet, mais je suis tombé sur le livre de GIoaccino Criaco et je fus frappé par la façon dont il traitait un sujet que je ne connaissais que par les journaux, sa description de la 'Ndrangheta en gros plan, à travers les yeux de trois jeunes gars d’Aspromonte.» Et le cinéaste romain de préciser: «Africo nuovo, avec Plati et San Luca, forme une sorte de triangle des Bermudes de la criminalité». Le film, présenté à la 71ème édition du Festival de Venise en compétition et puis au Festival de Toronto, dans la section Contemporary World Cinema, est l’aboutissement d’un édile cinématographique houleux: «Après avoir fini le livre, je suis allé avec l'idée de repérer des emplacements pour le tournage. Je fus confronté à la méfiance des gens, je réalisais que je ne pouvais pas le faire tout seul.»

C’est donc l'auteur du livre qui lui est vue en aide: «Nous sommes rentrés ensemble. Il m'a aidé dans mon expérience en tant que documentariste, je compris que je ne pouvais pas faire ce film sur les autochtones sans eux, mais avec eux.» Cela a été un long processus, près de trois ans. «Je voulais faire participer les habitants  et les mélanger à mes acteurs». Après la méfiance initiale, est survenue une période de neutralité, durant laquelle est né le désir d'être là et de travailler ensemble. «Nous avons rempli le film du dialecte d’Africo. Ce choix sémantique engendre une identification identitaire et régionale et suscite  authenticité et véracité.»

A travers trois frères, héritiers d'une famille du crime qui sont passés sans soucis apparents des chèvres au trafic de cocaïne. Luigi, Luciano et Rocco (Marco Leonardi, Peppino Mazzotta, Fabrizio Ferracane, tous très crédibles dans leur rôle) le film s’ouvre sur les affaires du benjamin à Milan et de l’aîné en Amérique du Sud; les deux hommes semblent maintenant avoir peu en commun avec leurs grands-parents et oncles.

La magnifique photographie met en valeur un paysage calabrais dominé par la montagne majestueuse, lieu archaïque empli de mystères. «Il y avait une sorte de mutation génétique de la Calabre» reflète l’auteur Gioacchino Criaco. «Corrado Alvaro racontait une humanité douloureuse quand les bergers dormaient dans des huttes de pierre et de paille. Quant à moi, je parle de gens qui sont convaincus d'être en mesure de construire leur propre destin. Ils le font dans le mauvais sens, comme une revanche par laquelle les défenseurs deviennent attaquants.»

Si, par bien des égards, le film semble caricatural, il a le mérite de rappeler l'omerta qui règne autour de la maffia en Calabre, une réalité qui ne se limite malheureusement pas  cette région. Mais le trait est forcé tout au long du film, finissant par susciter un rire nerveux plutôt que l’empathie ou de l’intérêt pour ces protagonistes. La caricature atteint son apogée lors de la catharsis finale alors que l’épouse nordiste (Barbora Bobulova) de l'un des frères,assiste à l’assassinat de son mari. Ce film insiste sur la persistance vivace des dettes interclaniques et de la vendetta, ce qui est méritoire mais, à force d’insister et de grossir le trait, l’intention sans doute louable de Munzi, manque sa cible.

 

Remy Dewarrat | Lundi 20 octobre 2014
 

POUR

Avec son troisième long métrage, Francesco Munzi se plonge dans le milieu de la mafia. Grâce à un drame familial très fort, il s'intéresse à la personnalité de ces gangsters plutôt qu'à leur faits et gestes. Autant dire que le réalisateur ne cherche pas l'effet graphique  dans des combats physiques, mais la psychologie dans des situations bien plus violentes que des geysers de sang. Il confronte la fougue et l'égocentrisme de la jeune génération à l'expérience et au désenchantement de l'ancienne. Du coup on constate que la mafia elle-même peut servir à faire le portrait de toute une société.

Anime Nere montre parfaitement que tout groupe humain (ici la mafia représentée par deux clans familiaux) finit par sombrer, à cause de traditions rigides érigées en lois et d'une soif de pouvoir individuelle qui annihile totalement la notion de groupe, ou encore plus radicalement, de vivre ensemble. Le film met aussi judicieusement l'accent sur l'aspect dictatorial de ce genre de cercle qui refuse que l'on s'oppose à lui.

A travers la figure d'un frère qui a quitté le monde du crime pour devenir berger, Munzi, appuyé par ces co-scnaristes Maurizio Braucci et Fabrizio Ruggirello, ainsi que par Gioacchino Criaco, auteur du livre dont le film est inspiré, parvient à toucher un des coeurs du problème mafieu: quoique l'on fasse, on ne peut jamais vraiment quitter l'organisation. Et par l'image d'un fils fasciné par le monde brutal de ses oncles, le cinéaste met le doigt sur un problème d'actualité: l'attrait de beaucoup de jeunes pour la violence. Tellement désorientée et en marque total de repère, cette génération dépeinte par Munzi a sombré dans une philosophie dangereuse qui veut que celui qui n'appartient pas au clan ne mérite pas de vivre. Bien sûr ce n'est pas nouveau. De tout temps, l'être humain a fait preuve de cette méfiance envers l'autre et Anime Nere fait l'amer constat que l'évolution, à ce niveau, a beaucoup de plomb dans l'aile.

Mais le film ne se veut pas l'avocat du diable et aborde à juste escient la résistance de certains face à cette dictature et à la tolérance de celle-ci par les autorités dites officielles. Bénéficiant d'une mise en scène sobre et efficace, et d'une superbe photographie, Anime Nere représente une excellente surprise à ranger en bonne place dans la catégorie très riche des films de gangsters.

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