Film

Boyhood Boyhood (v.o)

Date de sortie 20.08.2014
Durée 165 minutes
Age 10/14
Pays États-Unis (United States)
Distributeur Universal
Genre Drame
Réalisateur Richard Linklater
Acteur Patricia Arquette Ellar Coltrane Ethan Hawke
Note CLAP.CH
 
3/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

Chaque année, durant 12 ans, le réalisateur Richard Linklater a réuni les mêmes comédiens pour un film unique sur la famille et le temps qui passe. On y suit le jeune Mason de l’âge de six ans jusqu’ à sa majorité, vivant avec sa sœur et sa mère, séparée de son père. Les déménagements, les amis, les rentrées des classes, les premiers émois, les petits riens et les grandes décisions qui rythment sa jeunesse et le préparent à devenir adulte...

Richard Linklater

Patricia Arquette

Ellar Coltrane

Ethan Hawke

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 18 août 2014
 

Alors bien sûr, on salue la performance d'avoir réalisé ce film sur douze ans avec des comédiens qui vieillissent en même temps que leurs personnages. Mais passé ce tour de force suintant l'exercice de style m'as-tu vu, il ne reste pas grand chose de ces 2h45 de projection et Linklater signe peut-être le film le plus ennuyeusement long de l'année.

Ce n'est qu'une suite de clichés affligeants de l'"american way of life" dans ce qu'il a de plus rédhibitoire. Tout y passe et le très long métrage devient un étalage de la philosophie américaine qui se résumerait à simplement toujours se dépasser soi-même, quelle que soit le contexte. Il y a les inévitables épisodes sur l'école et les études, l'armée, le travail, la religion, etc. Mason, le personnage principal, que l'on suit de six à dix-huit ans, finit par trouver sa voie, forcément artistique, en devenant photographe. Fallait-il s'attendre à autre chose de Linklater, cinéaste qui a de la peine à mûrir au fil de sa filmographie ressemblant de plus en plus aux élucubrations d'un éternel adolescent qui ne parvient jamais à grandir?

Cette suite interminable de saynètes anecdotiques lasse très rapidement, tant elle est bourrée, jusqu'à l'indigestion, de longues scènes pseudo-existentielles dont la morale gluante laisse pantois de consternation: celle avec le professeur dans la chambre noire et celle entre le père et son fils au sujet des filles et de l'amour, lors d'un week-end de camping. On a la détestable impression d'être devant sa télévision à suivre une série faite pour satisfaire les spectateurs avides d'oeuvres moralisatrices, à l'instar des bouquins de développement personnel très à la mode qui polluent les rayons des librairies spécialisées, ou non, et, malheureusement de plus en plus, internet. Pour appuyer encore un peu plus sur le clou, le film s'accompagne d'une quantité impressionnante de chansons pour la plupart mielleuses et larmoyantes, sorte de catalogue de ce qui se fait de pire en matière de musique pop.

Et on sent aussi que l'on est d'emblée pris en otage par un scénario qui veut nous faire aimer, coûte que coûte, Mason et sa famille, et qui tombe trop régulièrement sur des clichés de personnages affreusement mal écrits comme le professeur alcoolique, la belle-famille de rednecks qui ne jure que par La Bible et les armes à feu, ou le vétéran qui revient d'Irak sans aucun traumatisme: le discours de ce dernier frise d'ailleurs l'indécence la plus complète.

Bref, Boyhood est une oeuvre sans âme aucune et se sert sans vergogne de cette fameuse émotion factice et gratuite, devenue gage de qualité pour un grand nombre, mais que l'on nommera simplement ici morale pétrie de nostalgie.


Max Borg | Lundi 18 août 2014
 

Boyhood, primé pour la mise en scène à la dernière Berlinale, est peut-être le projet le plus audacieux du cinéma américain contemporain. Pendant douze ans, de 2002 à 2013, Richard Linklater, le réalisateur de Before Sunrise et School of Rock, a réuni un groupe d'acteurs pour filmer, pendant quelques jours chaque année, une tranche de vie. Une expérience folle et quasiment clandestine, les acteurs ayant travaillé sans de vrais contrats, la limite maximale aux USA pour un projet à long terme étant de sept ans. Une idée qui aurait pu échouer à n'importe quel moment, si un des jeunes protagonistes avait voulu abandonner le projet. Et pourtant, le voici, cet ovni de l'année 2014, un véritable miracle sur grand écran.

Au début du récit, Mason (Ellar Coltrane) a sept ans. Suite au divorce de ses parents (Ethan Hawke et Patricia Arquette), le petit et sa soeur (Lorelei Linklater, la fille du metteur en scène) passent leur temps à changer de maison, selon les expériences professionnelles ou personnelles de maman. De l'enfance jusqu'aux premiers jours à l'université, on assiste à des petits épisodes de leurs vies et aux niveaux de leur maturation.

Ce n'est pas la première fois qu'un projet pareil a été imaginé au cinéma, du moins au niveau narratif. Truffaut a, bien entendu, accompagné Jean-Pierre Léaud dans la peau d'Antoine Doinel à travers cinq films réalisés sur une période de vingt ans. Michael Apted a suivi le parcours de vie d'un groupe de jeunes anglais, pour les réunir ensuite tous les sept ans. Et Linklater lui-même a raconté, en trois actes et chaque fois en temps plus ou moins réel, la plus belle histoire d'amour du cinéma américain des dernières décénnies. Mais jamais un cinéaste avait tellement osé: Boyhood, le chef-d'oeuvre de Linklater, est une véritable tranche de vie, classique dans l'esprit mais libre dans l'éxécution. Un autre cinéaste, avec un plan de tournage soi-disant normal, aurait probablement choisi un parcours narratif plus traditionnel. plus prévisible. Il se serait aussi servi de plusieurs acteurs pour le rôle principal. Linklater, lui, se concentre sur des épisodes qui sont, à l'apparence, sans importance, mais qui rendent en réalité plus tangible l'expérience de vie vue à l'écran. Et en gardant le même acteur pendant douze ans, le cinéaste n'a pas seulement filmé une enfance et une adolescence, avec tous les détails douloureux et gênants qui vont avec. Il a aussi inauguré la carrière d'un comédien qui, d'après ce qu'on vient de voir, n'a pas fini de nous épater. Et lorsqu'on arrive à la fin, après 166 minutes, on ne souhaite qu'une chose: que ça continue encore. Et encore.

 

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