Film

Under the Skin Under the Skin (v.o)

Date de sortie 23.07.2014
Durée 117 minutes
Age 16/16
Pays Royaume-Uni (United Kingdom)
Distributeur Ascot Elite
Genre Science fiction , Thriller
Réalisateur Jonathan Glaser
Acteur Scarlett Johansson Jeremy McWilliams Lyndsey Taylor Mackay
Note CLAP.CH
 
2.5/5
Note du public Aucun vote
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Synopsis

Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

Jonathan Glaser

Scarlett Johansson

Jeremy McWilliams

Lyndsey Taylor Mackay

Critiques

Remy Dewarrat | Mardi 8 juillet 2014
 

CONTRE

Le nouveau film de Jonathan Glazer, divise: soit on aime l'art contemporain chichiteux et on y trouve, semblerait-il des sensations extraordinaires, soit on déteste que l'on se moque de soi (ce que fait un grand pourcentage de l'art contemporain) et l'on s'ennuie à bailler pendant 1h40. Tout ici est volontairement et gratuitement abscons, dénué de tout sens et de de toute proposition de réflexion.

La trop surestimée Scarlett Johanson semble y incarner un être venu d'ailler qui, comble d'une intelligence extraterrestre qui se devrait supérieure, choisit l'Ecosse, qui plus est, en plein hiver pour remplir une mission obscure. Elle erre sur les routes à la recherche de mâles humains sans attache pour finir par les vider littéralement de leur substance, comme le montre l'une des très rares séquences impressionnantes qui voit une de ces victimes aspirée de son enveloppe charnelle.

On peut y voir un grand nombre de symboles chers à notre société en perdition qui adore se complaire dans le paranormal de bas étage, mais on peut aussi rejeter viscéralement cette vision manichéenne vénérée par une caste d'intellectuels désarmants de naïveté, croyant que le monde ne se révèle vraiment à eux que dans les moments de débauche artificielle, sous l'emprise de substances de toutes sortes. Under the Skin se vautre dans cette absurdité à pieds joints et atteint très vite ses limites.

Certes les quinze premières minutes intriguent, mais la chose tourne rapidement à la répétition. Scarlett rôde au volant de son véhicule, elle aborde des gens, elle choisit sa proie et recommence sans que l'on sache quel avantage lui apporte cette chasse au mâle humain. Il y a une autre preuve de la vacuité totale de l'entreprise, avec le personnage du motard qui semble avoir pour fonction de "nettoyer" derrière le passage de l'extraterrestre. Glazer n'a tellement rien à dire dans son film que le motard a droit, à chacun de ses passages, à une entrée et sortie de champ dans d'interminables plans fixes sans la moindre once de pertinence ou de justification: on appelle cela du remplissage. La fin touche au ridicule le plus absolu dans un aveu d'impuissance cérébrale flagrant, tant par sa violence que par sa naïveté.

On est en face du même produit que l'indescriptiblement mauvais Enter the Void de Gaspard Noé, une oeuvre qui montre rapidement ses limites et aurait dû choisir un autre art que le cinéma, car il n'y a ici aucune proposition cinématographique, mais juste une volonté détestable de faire volontairement une chose opaque. On vous dira: «Mais chacun y voit ce qu'il veut!» N'est-ce pas là la preuve irréfutable d'un manque de substance? Il est facile de dire faire de l'art quand on n'a rien à proposer, ne serait-ce une petite piste. Dans une oeuvre, un artiste se doit de proposer sa vision, et c'est au spectateur de l'accepter ou non, de l'analyser. Ici, il n'en est rien. Glazer ne prend aucun risque, se contentant de laisser l'interprétation aux spectateurs, ce qui fait faussement croire aux plus prétentieux d'entre eux que ce sont eux les artistes, que ce sont leurs réflexions et justifications, souvent à limite de la prise de tête la plus gigantesque, qui créent le film.

Quand on a rien n'a dire ou à proposer, on se tait, mais on ne se permet pas de faire croire à celles et ceux, à qui l'on a justement rien à dire, qu'ils sont les propres créateurs de l'oeuvre: c'est un aveu de faiblesse édifiant. Under the Skin est dans l'air du temps qui ne tient bientôt plus compte que des extrémités, l'une étant le populisme le plus retors, cherchant à flatter les instincts les plus vils de la masse, l'autre étant un intellectualisme outrancier qui laisse croire à ceux qui aiment maladivement se prendre le chou, pour ne pas dire, enculer les mouches, qu'ils sont supérieurs aux autres grâce à leurs réflexions très souvent éthérées, dont les arguments brumeux sont, la plupart du temps, très faciles à démonter. Under the Skin est peut-être une oeuvre d'art contemporain digne d'intérêt, qui ferait fureur dans les salons, mais en tout cas pas un film pertinent ou personnel, ce que l'on attend de la part d'une oeuvre pour qu'elle reste en mémoire.


Laurent Scherlen | Lundi 7 juillet 2014
 

POUR

En 2004, le réalisateur anglais Jonathan Glazer offrait à Nicole Kidman l'un de ses plus beaux rôles avec le bouleversant Birth. 10 ans plus tard, il revient enfin derrière la caméra avec Under the skin, oeuvre dont la beauté plastique n'a d'égale que l'intelligence du propos que le metteur en scène y développe. Se situant en permanence à la frontière du rêve éveillé, le film de Glazer bénéficie et souffre en même temps de la divulgation sur internet de la révélation finale du film. En souffre, car l'effet de surprise en pâtit forcément (même si le film est tout sauf une oeuvre à twist). En bénéficie, car le spectateur se concentre dès lors, et dès le départ, sur le sens que le réalisateur a voulu donner à son histoire, en évacuant de fait toute interrogation sur la nature du personnage incarné par la décidément sublime Scarlett Johansson. 

Et c'est dans la narration de son récit que Glazer frappe très fort. Car Under the skin, soutenu par une bande-son hypnotisante et envoûtante à souhait, franchit les barrières du classicisme narratif en s'inscrivant dans un sillon que ne renierait pas David Lynch ou, plus récemment, le Gaspar Noé d'Enter the void. Purement sensitif et sensoriel, le film rebutera forcément les adeptes d'une narration classique, réfractaires à l'expérimentation. Mais quiconque acceptera la proposition de Glazer de comprendre son histoire avant tout par le ressenti passera 1h40 de pure extase. 

Plongée dans les paysages sublimes de l'Ecosse, l'héroïne erre au volant de son van, à la recherche de proies masculines qu'elle séduira habilement avant de les vider, au sens propre du terme, de leur substance vitale (étonnante scène de cet homme se vidant de l'intérieur). Métaphore à peine voilée sur le caractère superfétatoire de l'enveloppe charnelle, le long-métrage de Glazer propose en outre une réflexion fascinante sur le rapport à notre propre corps, en présentant des personnages (l'héroïne, l'elephant man), dont l'identité profonde n'est jamais reflétée par l'aspect physique. On songe ici au magnifique Ne te retourne pas de Marina de Van, qui développait dans son film peu ou prou le même sujet. Glazer, de toute évidence fasciné par ce qui ne se voit pas (Birth jouait énormément sur ce tableau), parvient à remuer en un même mouvement à la fois nos sens et notre intellect. Affirmer que peu de metteurs en scène parviennent à ce tour de force relève de l'euphémisme. 

Véritable ovni dans le paysage cinématographique contemporain, preuve que le cinéma, loin d'avoir expiré son dernier souffle, peut encore nous surprendre, Under the skin s'impose comme le plus beau film sorti depuis le début de l'année. Il n'est pas interdit de penser qu'il conserve ce titre jusqu'au 31 décembre.

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