Film

La Danse de la réalité La Danza Della Realidad (v.o)

Date de sortie 04.09.2013
Durée 130 minutes
Age 16/16
Pays Chili (Chile)
Distributeur Pathé
Genre Biopic
Réalisateur Alejandro Jodorowsky
Acteur Pamela Flores Jeremias Herskovits Brontis Jodorowsky
Producteur Michel Seydoux
Note CLAP.CH
 
5/5
Note du public
 
5/5
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Synopsis

"M'étant séparé de mon moi illusoire, j'ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie." Cette phrase définit parfaitement le projet biographique d'Alexandro Jodorowsky :restituer l'incroyable aventure et quête que fut sa vie. Le film est un exercice d’autobiographie imaginaire. Né au Chili en 1929, dans la petite ville de Tocopilla, où le film a été tourné, Alejandro Jodorowsky fut confronté à une éducation très dure et violente, au sein d’une famille déracinée. Bien que les faits et les personnages soient réels, la fiction dépasse la réalité dans un univers poétique où le réalisateur réinvente sa famille et notamment le parcours de son père jusqu’à la rédemption, réconciliation d’un homme et de son enfance. Il brosse ici la fresque d'une existence qui exalte, au-delà de toute mesure, les potentialités de l'être dans le but de repousser les limites de l'imaginaire et de la raison, et d'éveiller le capital de transformation de vie qui se trouve en chacun de nous.

QUAND L’HISTOIRE DE JODOROWSKY RENCONTRE LA GRANDE HISTOIRE. PAR LE RÉALISATEUR CULTE DE LA MONTAGNE SACRÉE ET EL TOPO

Alejandro Jodorowsky

Pamela Flores

Jeremias Herskovits

Brontis Jodorowsky

Michel Seydoux

Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 2 septembre 2013
 

Au travers du récit de son enfance, Alejandro Jodorowsky signe une oeuvre d'art d'une richesse exceptionnelle. Son film est un feu d'artifice à tous les niveaux. Il tourne en famille avec ses fils devant la caméra et sur le lieu même de sa jeunesse, Tocopilla, un coin de terre perdu du Chili.

L'existence du jeune Alejandro comporte tellement d'événements extraordinaires qu'elle en devient romanesque, surtout que le réalisateur opte pour le point de vue de l'enfant et quelques interventions parfaitement choisies de son futur d'adulte, incarné par Alejandro Jodorowsky en personne. Très vite, on ne sait plus sur quel pied danser. Il y a des faits et on les distingue, mais ils sont racontés  par le regard d'un enfant qui a toujours cherché à s'évader dans l'imaginaire. On se retrouve avec un film à nul autre pareil qui empile génialement des séquences d'anthologie, tantôt poétiques, tantôt drôles, tantôt cauchemardesques, tantôt brutales, mais jamais désespérées.

La violence fait parti de la vie du jeune Alejandro qui côtoie des mineurs estropiés, suite à un accident de travail, devenus mendiants. Ses yeux et son esprit sont régulièrement témoins d'horreurs, mais il les transcende et en fait des moments en apesanteur, des évasions qui deviennent des rêves. La mère, passionnée d'art lyrique, ne s'exprime dans le film qu'en chantant des arias.

La Danse de la réalité regorge de trouvailles toutes plus folles les unes que les autres. Contrairement à certains qui n'utilisent la provocation que pour faire ce qu'il est malheureusement convenu d'appeler le buzz, Jodorowsky a recours à l'audace. Il ose des scènes d'une effronterie que l'on croyait perdue en appelant un chat un chat, mais il le fait dans un univers ou toutes les images sont permises. Il réussit même à rendre le sexe truculent, en lui ôtant son lourd passé de sérieux, d'interdit, d'honteux, de scandaleux.

Jodorowsky est un véritable artiste qui se permet de raconter sa propre vie comme il l'entend sans ne jamais se brider à respecter des règles d'ordre économique ou de bienséance. Il se livre de manière crue, quitte à mettre mal à l'aise par moment, mais c'est là l'apanage du grand art: déstabiliser l'auditoire de ces petites habitudes de confort. On ressort de la projection avec des étincelles dans les yeux et des réflexions fortes plein la tête ; on se dit que l'on en a appris un peu plus sur l'humanité, ses joies, ses espoirs, ses craintes, ses folies, et surtout sa capacité d'imagination sans fin.

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Votre avis sur ce film:
 

Michel Rodde | 17.10.2013 10:05
 
Hier soir au Cinéma du Méjean, à Arles, j'ai été réconforté de vivre pendant deux heures dans le monde imaginaire de la réalité de l'enfance d'Alejandro Jodorovsky qu'il a partagé avec les spectateurs via l'écran, comme il l'avait fait auparavant dans le livre du même nom: la Danse de la Réalité. Le livre était extraordinaire, le film qui aborde "uniquement" le chapitre de l'enfance ne l'est pas moins. Loin des niaiseries naturalistes et pseudo documentaires des réalisations actuelles, le cinéaste nous entraîne dans une sarabande sans pareille, faites d'images archétypiques, symboliques. Le miracle est que Jodorovsky évite à la fois le "biopic" tartignole à la française ou le film d'auteur châtié et compassé international. C'est un grand opéra auquel Jodorovsky nous convie, une transposition - c'est ce qu'on demande à l'art- comme en avait le secret Fellini (deuxième manière). On décolle de la platitude des films exsangues qui encombrent le cinéma, phagocytés qu'ils sont dans leur expression par la TV, films de petit écran projetés sur le grand, mesquins, horriblement tristes qui ne sont que reflet ou constat. Procès verbaux et verbeux consternant, constatant la faillite de nos sociétés dans tous les domaines. Ici point de reflet, de constat, de procès, de migraine, juste du cinématographe, c'est à dire une oeuvre écrite avec des images et des sons, de la lumière: une plongée homérique d'une incroyable sensibilité toute en chatoiements, en démesure, d'un culot d'artiste peu fréquent, éloigné de l'épate (petite) bourgeoise. Un film magnifique, d'une grande sincérité, bouleversant. A faire voir d'urgence dans les écoles de cinéma. Michel Rodde, auteur-réalisateur