Film

La chasse Jagten (v.o)

Date de sortie 14.11.2012
Durée 111 minutes
Age 12/16
Pays Danemark (Danmark)
Distributeur Frenetic Films
Genre Drame
Réalisateur Thomas Vinterberg
Acteur Thomas Bo Larsen Mads Mikkelsen Annika Wedderkopp
Note CLAP.CH
 
4/5
Note du public
 
4.3/5
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Synopsis

Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s'applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s'illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l'hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.

Thomas Vinterberg

Thomas Bo Larsen

Mads Mikkelsen

Annika Wedderkopp

Critiques

Jeanne Rohner | Lundi 12 novembre 2012
 

Il y a quatorze ans, Festen, en guise d’introduction au Dogme 95, traitait déjà de front ce sujet sensible à travers une famille bourgeoise dont le vernis bien lisse se trouve égratigné le jour où l’un des enfants révèle les tendances pédophiles du chef de famille. Une thématique très lourde que Thomas Vinterberg, réalisateur à la filmographie constellée de drames familiaux, s’approprie une nouvelle fois avec brio. Alors que dans Festen la victime était, comme on l’entend habituellement, l’enfant abusé, La chasse nous fait traverser le miroir pour nous offrir la perspective inverse. Immersion donc dans le quotidien de Lucas (Mads Mikkelsen), accusé d’attouchements sexuels bien qu’on le sache innocent. Après un divorce, la vie que celui-ci essaie de reconstruire va être du jour au lendemain anéantie. En cause, la surinterprétation des dires de Klara (Anika Wedderkopp), fillette de la garderie où travaille Lucas, par une responsable de la crèche et les réactions instinctives excessivement émotionnelles des parents. Des paroles terribles, qui, avec un peu d’imagination et des sentiments de jalousie, vont provoquer l’ire des villageois ; des paroles – ou plutôt des hochements de tête – extirpés de la bouche de Klara et qui ne seront pas remis en doute. Car il est bien connu qu’un enfant ne ment jamais. Mais le thème de la pédophilie n’est ici que prétexte pour dénoncer une communauté en proie à l’hystérie collective, une société toujours prête à mener une nouvelle chasse aux sorcières.

Les premières scènes ciblent d’ores-et-déjà les thématiques qui vont animer tout le récit : la camaraderie entre les hommes (la baignade dans l’eau glacée), la chasse au cerf que l’on abat sans hésitation (qui fait écho à la chasse à l’homme dont la culpabilité ne peut être remise en question) pour finir par les visages tendus des enfants de la maternelle qui se cachent pour mieux surprendre Lucas à son entrée à la garderie (peurs naïves mais prémisses des futures sentiments des parents). Ces sujets seront exploités par la suite dans une ambiance nordique on ne peut plus glaciale, où le temps que prend le drame pour se nouer est distillé lentement, jusqu’à la période de Noël. L’isolation progressive de Lucas se manifeste au plus haut point lorsque notre point de vue rejoint le sien. On ressent alors la malignité et la lâcheté des villageois se décupler. Vinterberg pousse encore plus loin l’empathie ressentie pour son héros, la scène clé étant celle du centre commercial, d’où Lucas est littéralement éjecté.

Le face-à-face entre Lucas et le groupe des villageois, un schéma qui peut être considéré comme trop manichéen, n’est pas dérangeant. Usant de l’effet de groupe qui régit dans la communauté (menant à l’uniformisation de la pensée), Vinterberg ne perd pas en crédibilité. Au contraire, ce duel lui permet d’écarter pratiquement toute intervention de la justice ou de la police – excepté l’arrestation, moment où nous nous détachons du destin de Lucas pour suivre celui de son fils. Tout se joue dans les soupçons qu’entretiennent ses voisins et ses amis envers lui ; une sentence demandée et appliquée par la foule.

Quelques clichés auraient pu être évités, telles la séquence larmoyante de la mort de la chienne ou celle de la présentation d’une image pornographique à Clara. Reste que le cinéaste danois est encore une fois capable de nous bouleverser en faisant s’entrechoquer en nous des sentiments parfois improbables. La chasse est un film qui fait souffrir, nous verser quelques larmes et qui nous arrache même parfois des rires. Un exploit compte tenu du sujet épineux. La facilité avec laquelle il examine la perversité des hommes, à l’aide d’une caméra légèrement tremblante qui épouse les visages, est prodigieuse. Jusqu’à l’épilogue qui semble vouloir laisser se profiler un espoir pour finalement mieux nous le dérober. Pour notre plus grand plaisir.

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Emmanuel Mischler | 05.12.2012 14:15
 
L'innocence adulte et le mensonge enfantin. Un renversement transgressif qui a fait pâlir les critiques. Mais Vinterberg va jusqu'au bout de son propos et livre un message résolument optimiste, ne détachant pas sa caméra de cette relation complexe qui unit Lucas à l'enfant, malgré la gravité du thème abordé. La mise en scène assez géniale du réalisateur de Festen nous fait entrer dans cet univers froid où règnent, implacables, les fantasmes et le poids des mots. Un film absolument remarquable.

Stéphanie Tschopp | 17.11.2012 09:22
 
Bonjour, Je me permets une petite réaction... La séquence de la "présentation" de l'image pornographique par son frère, et le vocabulaire utilisé par ce dernier, n'aurait pu être évitée car elle est, avec le sentiment de rejet dont à fait l'objet Klara lorsque Lucas lui rend son coeur bricolé, un des éléments qui donne de la crédibilité aux propos de la petite fille. Sans cette image, elle n'aurait pas su que, je cite :" le sexe était dressé comme une trique"... c'est précisément ce vocabulaire cru que la directrice de l'école maternelle prend en considération...

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