Film

Enter the Void Enter the Void (v.o)

Date de sortie 14.07.2010
Durée 161 minutes
Age 18/18
Pays
Distributeur Frenetic Films
Genre Drame , Science fiction
Note CLAP.CH
 
2.3/5
Note du public
 
2.5/5
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Synopsis

Oscar et sa soeur Linda habitent depuis peu à Tokyo. Oscar survit de petits deals de drogue alors que Linda est stripteaseuse dans une boite de nuit. Un soir, lors d'une descente de police, Oscar est touché par une balle. Tandis qu'il agonise, son esprit, fidèle à la promesse faite à sa soeur de ne jamais l'abandonner, refuse de quitter le monde des vivants. Son esprit erre alors dans la ville et ses visions deviennent de plus en plus chaotiques et cauchemardesques. Passé, présent et futur se mélangent dans un maelstrom hallucinatoire.
Critiques

Remy Dewarrat | Lundi 12 juillet 2010
 

CONTRE

Dire que ce film porte bien son titre relève de l'euphémisme puisque the void signifie le vide en anglais. Et c'est bien de cela qu'il s'agit, deux heures et quarante minutes interminables d'un vide abyssal. Cela part pourtant assez bien. Tout commence par le générique qui en général se situe à la fin d'un long métrage avec remerciement, listes d'œuvres musicales, etc. Puis vient le générique de début usant d'un effet stroboscopique outrancier tant et si bien que l'on ne perçoit que quelques noms par ci par là. Et le film s'ouvre enfin avec de longs plans séquences en vue subjective d'un des personnages centraux, mais déjà là, le bât blesse sérieusement, car Gaspar Noé opte, sans pertinence, ni aucune rigueur pour une image en format scope, ce qui est absolument ridicule car aucun être humain ne voit en écran large: ce film se devait sans discussion d'être tourné dans un format plus carré. C'est fort dommage et très surprenant de la part d'un cinéaste qui nous avait habitués jusqu'alors à une extrême rigueur tant formelle que thématique.

Très vite, Oscar, le petit dealer qui vit avec sa jeune sœur stripteaseuse à Tokyo et auquel on est sensé s'identifier, se fait abattre par la police locale dans les toilettes crasseuses d'un bar nommé The Void: bonjour la métaphore à deux sous. Il meurt et, comme l'explique Le Livre des morts tibétains, l'une des sources du travail de Gaspar Noé, son âme ou son esprit sort de son corps. Dès lors, on part pour plus de deux heures d'errements entre passé et présent. Le réalisateur d'ailleurs réussit nettement mieux la partie où Oscar revoit sans cesse sa vie que celle consacrée à espionner les siens restés dans le monde des vivants.

Le spectateur devient donc l'esprit d'Oscar et subit cette longue masturbation intellectuelle de peine à jouir bourrée de scènes dont la gratuité n'a d'égal que la provocation, comme la première pénétration, et c'est le cas de le  dire, dans le love hôtel, interminable permettant juste au cinéaste d'étaler sa fascination pour la pornographie, car elle n'apporte absolument rien à l'ensemble du film. Et pour couronner le tout il y a cette fin confondante de naïveté qui vous fait regretter le temps perdu et vous exclamer: tout ça, pour ça! En résumé, Enter The Void tient plus de l'art contemporain chichiteux et provocateur que d'une œuvre artistique digne de ce nom.


Laurent Scherlen | Lundi 12 juillet 2010
 

POUR

Gaspar Noé est l'un des rares réalisateurs français à posséder une patte visuelle personnelle, un style immédiatement reconnaissable et une volonté de faire passer les émotions avant tout par l'image et le son, dans une démarche ou le fond est déterminé par la forme. Seul contre tous et Irréversible constituent à ce titre des expériences cinématographiques réellement marquantes en celà que Noé y utilise des matériaux visuels et sonores tel un peintre composerait ses tableaux. Usant de mouvements de caméras, de cadrages, de procédés de narration et d'utilisations du son proprement inédites, il parvient à proposer à chaque film une oeuvre sans précédent, jetant sur la pellicule sa sensibilité artistique et son souci d'utiliser le cinéma comme vecteur d'émotion par l'image et par le son. Son nouvel opus, Enter the void, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2009, ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

Après un générique inaugural s'inscrivant d'emblée au panthéon des meilleurs du cinéma, Enter the void suit Oscar, jeune dealer vivant à Tokyo ayant conclu dans son enfance un pacte de sang avec sa soeur suite à la mort de leurs parents dans un accident de la route: celui de ne jamais se séparer d'elle. Tué par la police lors d'une descente dans un bar miteux, l'âme d'Oscar va continuer d'errer dans la ville, cherchant un moyen de rester aux côtés de sa soeur. S'inspirant du Livre des morts tibétains (le Bardo Thödol), essai eschalotogique et traité sur le devenir de l'âme, lequel décrit le chemin que parcourt l'esprit des morts avant de se réincarner, Enter the void constitue une oeuvre visuelle proprement phénoménale qui a laissé plus d'un spectateur sur le carreau, certains quittant la salle en cours de projection ou fustigeant violemment le metteur en scène à la sortie (une habitude chez Noé), tandis que d'autres se sont laissés happer par l'univers proposé, véritable expérience cinématographique immersive et hypnotique.

Doté d'une photographie de Benoît Debie hallucinante de beauté faisant éclater les couleurs à chaque plan dans un psychédélisme qui crève littéralement la rétine, le film est une merveille de composition picturale, un véritable tableau vivant dans lequel les illuminations de Tokyo, les néons des boîtes de nuit, les enseignes lumineuses, constituent un personnage à part entière, vivant, organique, enveloppant tout, les immeubles, les rues, les personnages. Le caractère immersif de l'ouvrage tient également au choix de mise en scène de Noé, ce dernier filmant l'intégralité du métrage en plan subjectif. L'on se retrouve ainsi du début à la fin à la place du protagoniste principal, tantôt dans son corps (battements de paupières inclus), tantôt dans son âme (mouvements de caméras aériens phénoménaux). C'est à ce niveau que l'on pourra faire le seul et unique reproche au film: dans sa dernière partie, le metteur en scène multiplie un peu trop les séquences planantes et aériennes, de sorte que l'on sort quelques instants de l'histoire, pour certes mieux y replonger l'instant d'après. Mais 1/4 d'heure de moins aurait fait gagner au film en narration ce qu'il perd en redondance dans ces (rares) instants. Se rapprochant au plus près de ce que constitue une expérience psychotrope, le film parvient en effet à faire ressentir les effets que produiraient l'ingestion de LSD ou autres champignons, Noé ayant voulu faire un film traduisant ces états de détachement de la réalité. L'utilisation des couleurs, le travail sur le son et la virtuosité technique du metteur en scène débouchent effectivement sur une expérience planante inédite au cinéma.

Mais ce qui est au coeur du film, ce qui en constitue la moelle épinière, c'est la très belle histoire d'amour entre le héros et sa soeur. Présents dans la voiture lors de l'accident qui coûta la vie à leurs parents (scène choc très marquante), les deux enfants se sont jurés de ne jamais se séparer. Et ce que cherchera à accomplir l'âme d'Oscar ne répondra qu'à la détermination de ce dernier dans le respect de ce pacte d'amour. Ultime expérience psychotrope (et donc fantasmée) de Oscar avant de mourir ou véritable illustration du Livre des morts tibétains à travers une histoire d'amour véritablement poignante ? Les interprétations sont ouvertes. Enter the void divise, crée le débat, on l'adore ou on l'abhorre, mais il constitue indéniablement un film d'une maîtrise formelle rare dans le cinéma français, une sublime histoire d'amour, en même temps qu'une véritable expérience sensorielle, que l'on garde longtemps sous la peau après la projection.


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