Film

Inglourious Basterds Inglourious Basterds (v.o)

Date de sortie 19.08.2009
Durée 148 minutes
Age 16/16
Pays
Distributeur Universal
Genre Action , Guerre
Note CLAP.CH
 
4/5
Note du public
 
3.9/5

Synopsis

Dans la France occupée de 1940, Shosanna Dreyfus assiste à l'exécution de sa famille tombée entre les mains du colonel nazi Hans Landa. Shosanna s'échappe de justesse et s'enfuit à Paris où elle se construit une nouvelle identité en devenant exploitante d'une salle de cinéma. Quelque part ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine forme un groupe de soldats juifs américains pour mener des actions punitives particulièrement sanglantes contre les nazis. "Les bâtards", nom sous lequel leurs ennemis vont apprendre à les connaître, se joignent à l'actrice allemande et agent secret Bridget von Hammersmark pour tenter d'éliminer les hauts dignitaires du Troisième Reich. Leurs destins vont se jouer à l'entrée du cinéma où Shosanna est décidée à mettre à exécution une vengeance très personnelle...
Critiques

Loïc Valceschini | Lundi 17 août 2009
 
Voilà déjà plusieurs années que le projet de « Inglourious Basterds » (notez les deux fautes d'orthographe volontaires), sans cesse repoussé, se développait dans l'esprit de Quentin Tarantino, muant et se réorientant dans des directions fort différentes (exit le personnage cinématographisé de Shosanna, jugé trop similaire à celui de The Bride selon Tarantino; au tour du réalisme et des sentiments de faire leur entrée). Alors qu'il se fixait un pari fou lors au Festival de Cannes en 2008, celui de présenter son «Inglourious Basterds » à la prochaine édition du festival, Tarantino força son équipe à fournir un travail gargantuesque et immédiat, car le temps était désormais compté. Quelques semaines plus tard, la pré-production débute, puis le tournage, en Allemagne ainsi qu'en France et, enfin, la post-production met un terme à des mois de labeurs acharnés. Fraichement terminé, « Inglourious Basterds » concourrait dans la compétition internationale du dernier Festival de Cannes. Tarantino avait tenu son pari.

Pour son septième long-métrage, Tarantino conserve, non sans surprise, son style qui lui est si particulier. Utilisant une narration par chapitre, le film s'ouvre sur une première partie cinématographiquement très connotée, puisqu'elle use de tons et de codes rappelant les westerns de Sergio Leone, puisant une fois de plus dans les compositions du maître Ennio Morricone. A nouveau, Tarantino témoigne de son aisance à marier différents styles cinématographiques, pour un résultat d'une homogénéité complète. D'ailleurs, « Inglourious Basterds » se rapproche sensiblement de son diptyque « Kill Bill », et ce, bien qu'il ait ôté la parcelle héroïque de la protagoniste. En effet, au-delà de similarités très formelles (typographie du générique, sur-impressions des noms de personnages), Tarantino réutilise plusieurs éléments de son précédent film, tels que le personnage de Julie Dreyfus, qui incarne à nouveau la traductrice d'un antagoniste, certaines situations (la tentative de convaincre pour survivre), ainsi que quelques musiques. En outre, comme dans tous ses films, de grands dialogues traversent le récit, souvent empreints d'un humour piquant - à ce propos, Christoph Waltz mérite entièrement son prix d'interprétation de Cannes, tant il parvient à jongler subtilement entre humour et profond sadisme.

Mais paradoxalement, bien que Tarantino nous fasse du Tarantino, il quitte quand même certains sentiers battus, notamment en usant d'une chronologie filmique assagie, et d'un scénario moins emberlificoté qu'à l'accoutumée, allant directement à l'essentiel. En outre, l'auto-citation habituelle dans ses films semble s'être passablement dissipée, bien qu'il poursuive toujours son but de dépassement de soi (il n'y a qu'à voir la dernière réplique du film, pensée-miroir de Tarantino). Et c'est cela le défaut du film: à vouloir en faire trop, le cinéaste détériore la qualité et le rythme de certains passages, comme le prouve la scène de ''La Louisianne''. En effet, dès l'annonce officielle du projet, Tarantino clamait haut et fort que cette séquence serait un équivalent de « Reservoir Dogs », mais réduit à une trentaine de minutes, dans une cantine, et avec des soldats nazis. Si plusieurs échanges restent comiques et passablement bien écrits, la sauce peine à prendre. Tarantino finit par se complaire devant cet alignement de situations coquasses, à côté desquelles une tension se développe timidement; tension qui aurait dû apparaître plus rapidement et avec une croissance constante. Enfin, la résolution de cette séquence, certes meurtrière et impressionnante, déçoit par son manque de lisibilité et de compréhension.

Sans doute l'un des cinéastes le plus cinéphile (voire même cinéphage), Tarantino abreuve à nouveau son film d'amour envers le 7ème art, brassant notamment des références aux films allemands précédant la Deuxième Guerre mondiale (le cinéaste G.W. Pabst s'avère régulièrement cité), mais aussi à la politique des auteurs, au travers d'une exclamation qui risque d'enflammer les discussions. Mais cette fois-ci, l'entité cinématographique chez Tarantino ne s'arrête plus aux frontières de la passion et de l'amour éternels; elle les franchit puissamment au travers d'un discours transcendant, se plaçant comme une arme aussi destructrice qu'incontrôlable: le pouvoir du cinéma au-delà de ses images, ce qui crée, peut-être, un écho aux films de propagande allemands. Dans tous les cas, cette séquence visuellement puissante demeure l'un des moments phares du film, où Tarantino se donne une liberté incroyable. A ce propos, l'approche historique du réalisateur de « Pulp Fiction » sur ce film pourra en surprendre plus d'un, voire même révolter les plus fermés.

« Inglourious Basterds » surprend, donc, déjà pour son audace historique, pour la liberté de son casting très probant (chaque acteur incarne un personnage de sa nationalité), mais aussi pour la nouvelle étape de l'évolution du cinéma de Tarantino qui, depuis « Jackie Brown », est en constante mutation. Favorisant les dialogues aux fusillades, le réalisateur opte pour un film bavard, parfois trop, puisqu'il semble à quelques reprises témoigner de la volonté outrancière du réalisateur de marquer au fer rouge les esprits, ainsi que l'histoire du cinéma, avec des séquences qu'il voudrait anthologiques. Ego démesuré et prétention mis de côté, Tarantino prouve une fois de plus qu'il est l'un des réalisateurs les plus importants de ces deux dernières décennies, en imposant à nouveau sa patte unique sur un nouveau pan de l'histoire (cinématographique). Seuls les plus bornés et les détracteurs habituels ne sauront le remarquer.
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