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Prometheus

 
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Attendu comme le messie par bon nombre d'amateurs de science-fiction, Prometheus marque le retour de Ridley Scott à ce genre qui l'a rendu célèbre grâce à Alien et Blade Runner. On pourrait se dire que reprendre la saga du monstre sorti tout droit de l'imagination de H. R. Giger en imaginant ce qui s'est passé avant le film de 1979, fait un peu réchauffé, mais non, car Prometheus renoue en quelque sorte avec un cinéma plus classique dans le sens noble du terme et cela fait du bien à l'heure de la caméra secouée et hystérique que l'on croit bon de nous servir à toutes les sauces. Ridley Scott a du métier, du talent, et nous livre une leçon d'humilité. Il privilégie les longs plans fluides et se défait magistralement de tout tape-à-l'œil gratuit.

Sur un schéma qui a déjà fait maintes fois ses preuves, Prometheus est une expédition à caractère scientifique. Après quelques découvertes saisissantes dans les grottes préhistoriques de la terre, où l'on retrouve la même représentation picturale, un être de taille imposante vénéré par des humains, une équipe affrète le vaisseau spatial "Prometheus" pour se rendre sur la planète d'origine de cette créature. Elle pourrait s'avérer être le créateur de l'homme, ce qui remettrait en cause les théories de l'évolution et du créationnisme. Les scientifiques et membres de l'expédition financée par le magnat richissime de Weyland Corporation installent leur camp de base à proximité d'une caverne. Ils y découvrent de longs couloirs sculptés de formes organiques représentant des sortes de tentacules et une salle remplie de cylindres noirs. Très vite, une présence vivante se fait ressentir. La planète est habitée. Et comme tout scientifique qui se respecte se doit d'être curieux, l'équipage du "Prometheus" s'approche de plus en plus de cette forme de vie inconnue, ce qui ravit celle-ci car, comme elle fonctionne sur le mode d'un parasite, elle à besoin d'un hôte pour évoluer. On fait des allers et venues entre la grotte et le vaisseau avec, à chaque retour de l'antre, des nouvelles plus ou moins réjouissantes. Mais leur objet d'étude est élaboré et, comme cela fait une éternité qu'il a recours au même procédé de reproduction, il se montre très dangereux et très sournois pour parvenir à ses fins. La base devient aussi le théâtre d'une mésentente entre certains membres pour des raisons de pouvoir et d'enjeu. Comment exploiter au mieux cette découverte extraordinaire?

Ridley Scott est un maître en matière d'efficacité et sa mise en scène va toujours dans ce sens-là. La grosse différence entre Alien et Prometheus réside dans la noirceur de l'univers des créatures. Dans Alien, on avait droit à un monstre hideux et hargneux. Ici aussi, mais on découvre le milieu naturel de la bête et ses habitudes, qui sont plus proches de l'univers de Giger qu'ils ne l'ont jamais été dans la saga: il était temps. Certains plans renvoient directement à l'œuvre picturale du Grison, avec tout l'aspect malsain qui en découle, mais aussi cette incroyable notion de douleur qui transpire régulièrement de ses toiles. On éprouve à la fois du dégoût, de la fascination et une certaines notion de pitié. Avec beaucoup d'intelligence, le réalisateur des Duellistes nous assène quelques séquences particulièrement gratinées de manière totalement frontale mais ne tombe jamais dans le mauvais goût, trop souvent à la mode, d'insister jusqu'à l'écœurement ou l'ennui, tant il maîtrise le rythme de son œuvre. Malgré ce côté sombre le long métrage n'est pas dépourvu d'humour. Il possède un casting solide avec une mention au toujours impressionnant Michael Fassbender et bénéficie d'une photographie remarquablement lumineuse même en 3D. La musique de Marc Streitenfeld joue avec bonheur sur l'angoisse qui ressort du film et donne des frissons grâce à une sublime utilisation des chœurs. Pour toutes ces raisons et d'autres, Prometheus est un grand film de science-fiction.

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