Critique

Verso

 
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Neuf ans après son premier long métrage, le Genevois Xavier Ruiz, qui n'est pas resté les bras croisés, mais a produit un grand nombre d'objets audiovisuels, nous livre Verso, sa deuxième réalisation. Son titre pertinent évoque l'autre côté de la carte postale avec jet d'eau et quais fleuris, en se focalisant sur l'univers sombre de sa ville natale.

Ce polar très réaliste suit le parcours d'un policier d'élite genevois en pleine crise existentielle. Interprété par Laurent Lucas, ce dernier croise sur sa route un ancien collègue tombé pour corruption au moment de sa sortie de prison. L'affrontement devient inévitable. Xavier Ruiz nous emmène dans un voyage, loin de toute promenade de repos en nous faisant découvrir la vie nocturne de Genève. On fréquente les bars à prostituées, les dealers et les coins les plus glauques de la Mecque financière romande. Le réalisateur fait preuve d'un véritable travail d'entomologiste en observant son petit monde, comme un chercheur à travers son microscope, en émaillant son film de scènes magnifiquement filmées en hélicoptère, ses personnages devenant littéralement des fourmis observées en permanence. Mais attention, Verso n'est pas un film de facture hollywoodienne comme on pourrait le croire, car il va plus loin que la simple enquête policière bourrée d'action de gros bras, il nous donne à voir une réalité que l'on montre rarement dans le cinéma suisse en mettant le doigt sur un aspect peu reluisant du pays des montres, du chocolat et des banques.

Bercé par la culture hip-hop, Xavier Ruiz confie deux rôles principaux à deux stars du rap helvétique, Stress en dealer violent et sans morale et Carlos Leal en ancien flic véreux. Stress convainc parfaitement et dévoile ici une autre facette de son travail artistique. Quant à Leal qui fait maintenant une brillante carrière d'acteur en tenant la vedette d'une série espagnole intitulée El internado, après avoir joué dans Casino Royale et Etreintes brisées, il explose littéralement dans ce film. Il prend son personnage par les tripes et nous offre un Victor Preiswerk d'une très grande ambiguïté, avec en point d'orgue un flash back d'une violence incroyable où il se donne corps et âme de manière époustouflante. Malgré quelques banalités dans l'écriture de certains personnages secondaires à la limite du cliché, Verso est un film à voir pour sa rage, sa crudité et sa peinture peu conventionnelle. 

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