Critique

The Fountain

 
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On l'attendait de pied ferme ce troisième film de Darren Aronofsky et le résultat tient plus de l'expérience émotionnelle que du spectacle cinématographique proprement dit. Le réalisateur de «Requiem for Dream» nous plonge dans l'esprit de trois hommes qui se répondent au travers du passé, du présent et du futur. Leur point commun est de pouvoir penser résister à une mort imminente et inéluctable.Très difficile à raconter, «The Fountain» est une magnifique fable sur l'impertinence humaine à vouloir contrecarrer les plans de la grande faucheuse. Le film fait des allés et retours entre les différentes époques en changeant radicalement de style visuel. Le passé nous entraîne dans l'époque des conquistadors espagnols grâce à une mise en scène flamboyante et des situations guerrière sanglantes. Le présent est traité de manière plus froide et clinique au travers d'un couple dont lui est chercheur contre le cancer et elle est atteinte par ce mal sournois mais tout puissant. Enfin le futur, dans des tons à la Moebius, nous fait découvrir un astronaute coincé sur une planète. Les trois étapes s'attardent sur des quêtes impossibles : le conquistador cherche un arbre de vie mythologique, le chercheur pense pouvoir sortir sa femme d'une mort certaine et l'astronaute se sent la force de pouvoir interférer sur l'univers lui-même.Ces trois personnages, tous incarnés par Hugh Jackman possèdent l'orgueil de vouloir vainement changer le cours de leur destin. En cela, le film devient une sorte de conte moral dans le bon sens du terme, car Aronofsky aborde frontalement la culpabilité, attitude souvent idiote face à la mort d'un proche et dangereuse car ce sentiment peut pourrir votre propre vie ainsi que celle de ceux qui vous entourent. Et c'est malheureusement aujourd'hui, l'un des gagne pain de bon nombre de psys qui poussent leurs clients à la culpabilité sous le fallacieux prétexte de mieux les soigner.C'est pourquoi Aronofsky fait intelligemment échouer ces personnages pour mieux les remettre à leur place et c'est tout à son honneur. «The Fountain» agit comme un trop-plein d'émotion, comme la vanne qui doit s'ouvrir pour laisser filer cette culpabilité déplacée qui n'a aucune raison d'être. Et c'est là qu'intervient un élément fondamental du film : la musique de Clint Mansell qui compte parmi les plus belles de son auteur et est indissociable à la réussite de cette expérience philosophico-visuelle.

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