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The Chaser

 
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La Corée du Sud nous offre régulièrement des petites bombes cinématographiques et The Chaser en fait partie. Du point de vue artistique le film est un bijou à l'image léché, au montage rythmé et efficace ne jouant jamais sur les effets de style purement esthétisants. Il bénéficie d'une direction d'acteur au cordeau et d'une musique parfaitement dosée qui accompagne des scènes clés et pas le moins du monde envahissante. Mais c'est dans son brillant scénario que ce film se démarque des autres histoires de serial killer traqué.

Ici, nous ne sommes pas du côté du tueur à chercher à le comprendre, à pénétrer son esprit ou à essayer d'imaginer ses noirs desseins, car comme dans chaque épisode de "Columbo", on sait déjà tout cela très vite. Na Hong-Jin prend un malin plaisir à nous montrer une police à l'incompétence crasse en oscillant brillamment entre le thriller le plus malsain et la comédie la plus débridée. Le tueur avoue lui-même aux inspecteurs qu'il tue ces victimes avant la moitié du film, mais comprenant très bien qu'il a affaire à des guignols qui ne le croiront jamais, il en joue et se sort des situations les plus délicates pour lui. Le héros de l'histoire, un ancien flic devenu proxénète, se trouve aussi confronté à l'attitude quasi burlesque de ces anciens collègues, mais contrairement à l'assassin, il devient la cible des flics qui ne le prennent pas au sérieux une seconde et opère sur lui une sorte d'acharnement, comme pour lui montrer qu'il ne fait plus partie de leur grande famille. Et c'est bien cette attitude de refuser l'évidence, qui leur crève pourtant le s yeux, qui donnera raison au vilain de l'histoire. Même quand l'affaire devient politique, la police s'enfonce de plus en plus. Du coup le spectateur devient le témoin d'un incroyable enchaînement de gaffes monumentales aux conséquences tragiques, de manière tellement intense qu'il aimerait bien pouvoir changer le cours des choses, mais ne peut qu'assister impuissant au désastre qui se déroule devant ses yeux.

Gageons que si Hollywood fait un remake de ce film de genre d'une rare intelligence et d'une grande maestria, il s'achèvera par un happy end des plus ridicules.

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