Critique

Amerrika

 
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Premier long métrage d’une jeune réalisatrice américaine, d’origine palestinienne, Amerrika aborde le difficile sujet de l’intégration par le biais de l’humour et de la tendresse. En quelques scènes efficaces, elle commence par brosser un portrait de la Palestine et de ses habitants avec le mur de la honte érigé par l’Etat d’Israël, les checks points quotidiens et cette difficile et paradoxale condition de n’appartenir à aucune terre. Puis c’est l’arrivée dans ce qui devrait être l’Eldorado ou en tout cas une ébauche de celui-ci, grâce à une scène au bureau d’immigration d’un aéroport américain, mêlant fort habilement humour et drame quand l’héroïne répond à l’employé qui lui demande qu’elle est son occupation : «Oui mon pays est sous l’occupation depuis des années.». Et enfin, c’est la rencontre avec cette sœur qui habite aux Etats-unis avec son mari et ses enfants.

Dès lors, le film joue sur deux tableaux évoquant d’un côté l’intégration de l’immigrée et de son fils, et le mal du berceau natal de la citoyenne américaine qui refait surface par cette sœur fraîchement débarquée du Moyen-Orient. Malgré ses compétences dans le domaine bancaire, la première se verra contrainte d’accepter un petit travail dans un établissement de restauration rapide, l’un des fers de lance de l’imagerie américaine, alors que la deuxième fait face à un racisme crasse qui amalgame tous les Arabes à des terroristes au travers de son neveu qui devient vite la tête de Turc d’une idéologie réactionnaire très présente dans son école. Il faut dire que Cherien Dabis situe pertinemment son récit au moment précis où l’administration de G.W. Bush décide de lancer sa guerre soi-disant antiterroriste en envoyant toute sa puissance militaire en Irak. Mais, le film ne sombre jamais dans le militantisme facile ou l’esprit de revanche, en restant à la juste surface des choses et à cet humanisme qui fait les grands œuvres romanesques, privilégiant une mise en scène discrète proche des personnages, comme si la caméra faisait partie intégrante de cette famille prise entre deux cultures, et deux magnifiques portraits de femmes libres à mille lieues des clichés que l’on se fait de la gente féminine des pays arabes.

Avec Amerrika, Cherien Dabis fait des débuts remarqués et remarquables dans l’univers du cinéma. Gageons que ce film n’est que le début d’une longue et belle œuvre en devenir.

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