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Caché

 
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Réalisateur autrichien travaillant en France depuis quelques années, Michael Haneke est devenu incontournable pour qui s'intéresse à autre chose qu'au cinéma pop-corn du samedi soir. Evidemment, son uvre est très exigeante et provoque toujours le débat. Dans son dernier opus, «Caché» (rarement un titre n'a été aussi justifié), il nous plonge dans un univers qu'il connaît bien, celui de la bourgeoisie bien pensante. En fait, son film pose la question suivante : est-ce qu'un acte lâche commis à l'enfance peut avoir des répercussions quand l'on devient adulte ? Sa brillante réponse fait froid dans le dos, mais se justifie pleinement. Quand on perpètre une méchanceté gratuite, il faut s'attendre à de très graves conséquences, et cela sans aucun délai de prescription. C'est l'expérience que fait Daniel Auteuil qui pensait qu'une bêtise d'enfant pouvait s'oublier. Victime d'un inconnu qui s'amuse à filmer ses allées et venues devant sa maison, il est invité par cassettes interposées à se replonger dans un passé qu'il avait lâchement choisi d'effacer de sa mémoire.Prix de la mise en scène amplement mérité lors du dernier Festival de Cannes, «Caché» nous fait réfléchir, à grand renfort de très longs plans fixes d'apparence anodine, sur le mal que l'on fait aux autres par pur égoïsme. Pour renforcer le malaise, Haneke met en scène des personnages peu sympathiques. En épouse écartée par son mari des événements qui fondent sur eux, Juliette Binoche est impeccable. Elle semble distante de tout et n'aspire qu'à une morne existence matérielle sans tenir compte des soucis de son mari, qu'elle doit sans doute tromper avec l'un de leur meilleurs amis. Haneke ne le montre pas, mais le suggère à plusieurs reprises. Daniel Auteuil, lui, joue l'arrogance à tous les étages et se pose comme une victime, alors qu'il en va tout autrement. Il prône l'oubli pour pouvoir jouir de sa petite existence d'intellectuel télévisuel sans relief. Comme toujours chez Haneke, il faut regarder du côté des enfants pour qu'éclate la vérité dans un plan final implacable mais très explicite. Oubliez les commentaires de mes confrères qui se sont permis d'interpréter ce plan, qui n'est pourtant objet à aucune interprétation, tout en laissant le film ouvert dans le sens où il renforce le mystère de l'auteur des cassettes vidéo par lesquelles tout arrive.

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