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Séraphine

 
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Comme il y a deux ans avec «L'amant de Lady Chaterlay», les Césars récompensent un film qui ne figure pas encore au top du box-office et l'on espère que ce sublime «Séraphine» de Martin Provost trouve un très large public car il y a plus d'une raison de voir ce bijou.

Tout d'abord, le film nous fait découvrir un être d'exception et ses uvres d'une beauté remarquable. Séraphine, domestique de son état, passe son temps libre et plus à peindre des toiles représentant des natures mortes pour la plupart du temps. Elle est considérée comme l'une des premières représentantes de l'art dit brut. On ne va pas vous faire ici sa biographie car cela enlèverait trop au plaisir de la découverte du film.

Il y a Yolande Moreau qui vaut à elle seul le prix du billet. Cette actrice inclassable réussit une nouvelle performance incroyable. C'est simple, elle s'habille de son personnage et le possède entièrement. Elle offre son talent et sa personne à son personnage et elle fonce dans l'univers de son réalisateur. Elle nous gratifie d'une Séraphine attendrissante sans jamais chercher à atteindre ce but par des artifices, c'est l'évidence même. On sent sa détermination, sa passion de peindre, son humanité, mais on est totalement désarçonné par sa folie religieuse étrange qui la conduira à sa perte et sur laquelle, le réalisateur n'insiste pas de manière à nous laisser dans l'incompréhension du bémol qui empêcha ce talent d'éclore de son vivant.

La mise en scène de Martin Provost, toute en finesse, parvient admirablement à retranscrire l'époque des faits dans un soucis du détail qui force l'admiration tant les décors et les accessoires sont impeccables. Un exemple qui peut paraître anodin, mais qui est la marque des plus grands : en deux plans de la même rue à dix ans d'intervalles, il nous fait naturellement sentir l'épreuve du temps sur le lieu. Il opte aussi judicieusement pour une continuité dans son style en filmant Séraphine toujours de la même manière, qu'elle soit dans un moment d'euphorie ou dans une grande détresse, comme si Séraphine avait avec elle une équipe de télévision qui la suivrait partout. Cette complicité entre le réalisateur et son actrice-personnage explose dans la très belle scène de présentation des uvres où la caméra panote le long des toiles pour s'arrêter sur le visage épanoui de son auteur. Le cinéaste fait preuve d'une sobriété exemplaire, ce qui lui permet de nous proposer des plans quasiment picturaux comme ceux de l'arbre, ami de Séraphine.

La photographie et le montage vont dans le même sens donnant au film son aura si particulière. Pour la musique, Michael Galasso opte aussi pour une approche sobre en composant pour une formation restreinte à une viole de gambe, un violon et un piano, et là encore une fois, le résultat paye.

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