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Capitalism: A Love Story

 
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Une fois encore Michael Moore nous tend le miroir d’une Amérique dont le rêve proverbial se transforme en cauchemar. Il annonce tout de suite la couleur en faisant un parallèle très drôle entre son pays aujourd’hui et la Rome antique grâce à des extraits d’un vieux peplum anglais. Le ton est donné, Michael Moore s’apprête à faire le procès tant mérité du capitalisme libéral angélique, à travers quelques exemples des plus édifiants. Le réalisateur ne fait pas dans le documentaire tiède ménageant la chèvre et le chou, mais dans le pamphlet pour alerter ses concitoyens et les autres. Donc, il est juste ridicule de demander à un économiste partisan de ce système politique plus proche que n’importe quel autre de la loi de la jungle son avis sur le film, car il n’y trouvera que des défauts qu’il osera traiter de détails ou de mensonges.On apprend dans ce nouveau brûlot des pratiques inhumaines masquées en profit économique. La plus abjecte était (heureusement car depuis une loi interdit cette pratique) qu’une entreprise contracte des assurances vie sur le dos de leurs employés, leur rapportant ainsi, au décès de ceux-ci, des sommes indécentes proches de la dizaine de millions de dollars par individu. Quand on vous dit que le capitalisme traite les hommes comme de vulgaires objets à valeur, on a droit ici à l’exemple ultime dont était partisan la sacro-sainte Nestlé.Michael Moore s’intéresse aussi au salaire d’une profession noble et à très grande responsabilité, les pilotes de lignes. Ces derniers sont sous-payés (10'000 $ par année) et vivent dans une pauvreté indigne, injuste et incompréhensible, devant rembourser toute leur vie l’emprunt obligatoire à leur formation difficile. C’est ce que le «héros» de l’Hudson River en début d’année est venu exposer au congrès américain. Invité par ce dernier pour relater son amerrissage réussi qui sauva la vie de ses passagers et de ses collègues, ce dernier ne s’est pas caché sous un masque de héros et a entamé un discours social violent et justement alarmiste, mais les congressistes ne l’écoutaient que d’une oreille très inattentive.Et il y a cet exemple aussi qui prouve qu’il est impossible de tout confier au secteur privé comme une prison. Deux profiteurs ont ainsi pu vivre une existence de pacha pendant cinq ans en remplissant simplement l’établissement pénitentiaire qu’on leur avait confié en le bourrant de jeunes «criminels» mineurs dont les larcins étaient de critiquer un professeur sur un blog et autres peccadilles qui leur valaient des mois d’enfermement. Là aussi, l’affaire a été heureusement jugée et les responsables condamnés.Michael Moore donne aussi la parole à des hommes d’église car son pays est très religieux et curieusement ces derniers sont catégoriques : le capitalisme est à l’opposé total du message du Christ. Ils déplorent la récupération de la foi par la politique et font part de leur incapacité à combattre cette alliance contre nature tant l’économie est devenu une religion à part entière.Le réalisateur montre aussi que le capitalisme n’est de loin pas une fatalité comme on voudrait nous le faire gober, en nous faisant visiter deux entreprises sans hiérarchie. Ici, pas de chef, pas de salaire plus élevé que les autres, et ce dans deux domaines fort différent comme la boulangerie et la mécanique de précision. Tout le monde donne son avis quand il s’agit d’embaucher de nouvelles personnes, tout le monde prend part aux décisions de l’entreprise, etc… Et cela fonctionne à merveille.Avec Capitalism : A Love Story, Moore se met moins en avant que d’habitude et nous fait part de sa fatigue à se battre contre Goliath en nous demandant de le soutenir. Il ose quand même entourer des bâtiments de Wall Street d’une banderole jaune et noire délimitant ainsi l’une des plus impressionnantes scènes de crime, même si celle-ci n’est pas nappée de sang.

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