Critique

Goya's Ghost

 
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Avec l'aide de l'excellent Jean-Claude Carrière au scénario Milos Forman nous propose un très grand film sur la tolérance. Nous ne nous intéressons pas directement à la vie de Goya, mais plutôt à ses actes face à l'empêcheur de penser quel qu'il soit. On retrouve dans l'écriture de son personnage la révolte que fait ressurgir ses toiles et, pour mieux accentuer les deux faces du peintre, les scénaristes nous le montrent aussi bien en commerçant qui honore ses commandes, qu'en homme profondément chamboulé par la noirceur de l'âme humaine qu'il retranscrit dans des esquisses plus vraies et violentes que nature. Cette tranche de vie se situe au moment où Goya devient sourd et Forman utilise très subtilement des ouïes subjectives composées de sons stridents qui phagocyte irrémédiablement tout l'univers du personnage, pour parvenir à un plan muet de chiens qui aboient devant sa porte.Ce film est rempli d'instants de grâce et les comédiens sont en forme olympique. Michael Lonsdale en vieux chef de l'Inquisition est parfait, Skarsgard campe un Goya magnifique d'humanité, Javier Bardem est une nouvelle fois impliqué au point de fondre dans son personnage très fourbe, mais aussi pitoyable au point d'émouvoir, et il y a l'excellente Nathalie Portman dans deux rôles sublimes : Inés de quinze à trente ans et Alicia, sa fille, à l'âge de quinze ans. Dans les deux cas, elle est superbe et paie de sa personne. Elle nous offre une remarquable performance qui devrait enfin convaincre tous ceux qui doutent encore de l'incroyable talent de cette demoiselle, qui défend ici de manière superbe la cause juive.Forman opte pour une mise en scène assez crue, très frontale qui colle parfaitement à la noirceur des événements qu'il évoque. Il parvient avec un seul plan très court à nous faire ressentir physiquement ce que signifie la fameuse question de l'Inquisition. Comme à son habitude, le cinéaste réalise une prouesse en matière de reconstitution en faisant fourmiller ses décors d'accessoires hallucinants qui ne font pas simplement offices de détails. Il y a une telle minutie que l'on est plongé immédiatement dans l'époque. On sent les changements d'atmosphères entre l'atelier, la rue, la prison, les appartements du roi et ceux de l'Inquisition, on passe près de deux heures dans un ancien temps. Mais on ne peut s'empêcher de faire des parallèles avec notre présent et de se rappeler que l'Inquisition sévit toujours sur notre planète.

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