Critique

L'Orphelinat

 
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Voici donc le plus gros succès ibérique de tous les temps et force est de constater avec beaucoup de bonheur qu'il s'agit d'un premier long métrage à l'impact universel pas comme les comédies franchouillardes qui pulvérisent le box office hexagonal. Juan Antonio Bayona et son scénariste Sergio G. Sanchez osent la carte fantastique et le film austère avec un talent incroyable. L'épaisseur des personnages fait plaisir à voir et l'esthétisme du film est une merveille.Le scénario fonctionne comme un jeu de piste tragique où les événements du passé ressurgissent comme le diable d'une boîte. On suit les mésaventures de Laura avec passion et émotion. L'actrice Belen Rueda incarne un personnage magnifique à cent lieues de l'hystérie trop souvent propre à ce genre de films. Elle est fragile, mais déterminée et la perte de son enfant la confronte à l'histoire de cette maison qu'elle-même n'aurait pu imaginer, à moins qu'elle ne l'ait inconsciemment effacée de sa mémoire. Car le personnage central de cette histoire, c'est l'orphelinat qui recèle un très lourd secret que l'on ne dévoilera pas ici. Cette bâtisse de style victorien sise au bord de la mer est filmée comme une entité vivante et le tour de force parfaitement maîtrisé consiste non pas à en faire une chose malfaisante, mais un endroit malade de son passé ne supportant plus ce trop lourd mystère.Refusant les coups de théâtre faciles, le récit avance pièces par pièces menant à la vérité aussi affreuse que salvatrice. Alors, est-ce que cela fait peur ? Oui, mais ce n'est pas l'argument principal et Bayona utilise les cadres le montage et le son pour faire naître l'angoisse en filmant des portes qui grincent, des fenêtres qui claquent, des marches d'escaliers qui craquent. Il fait ainsi vivre la maison qui se réveille au contact de Simon en se servant de lui pour enfin se libérer de ce qu'elle à vécu par le passé. On retrouve aussi l'emprise du lieu sur Laura qui n'a jamais réussi à le quitter, comme irrémédiablement associée à ce dernier.Il serait fort dommage de passer à côté de cette perle noire dont le dernier plan est d'une beauté sublime, car il remet l'église au milieu du village en jouant la carte du vrai fantastique et non des boucheries qui monopolisent le genre depuis l'avènement de «Saw» et consort. De plus, il est troublant de constater que ce film sort chez nous en même temps que la découverte macabre de restes de jeunes humains dans une maison pour enfants en difficulté de l'île de Jersey, qui fut le théâtre, semblerait-il, d'odieux sévices commis sur des êtres faibles et souvent volontairement arrachés à leurs racines.

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