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Le Dahlia Noir

 
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Sans entrer dans le discours stérile de l'adaptation et des fans bornés de James Ellroy, il est indéniable que le grand De Palma vient de réussir un film noir de très bonne facture. Il ne prétend pas renouveler le genre et son film ne va aucunement dans ce sens. On a droit à tous les artifices, voix off, scènes clés stratégiquement placées et pépées plastiquement irréprochable mais sans grand chose sous leurs magnifiques chapeaux. Il ne faut pas non plus chercher le réalisme dans cette histoire, car tout est fait à la manière des films noirs de la grande époque hollywoodienne d'après guerre, donc artificielle et limite théâtrale.

Et c'est un régal car on est en pleine fiction, en pleine romance. On suit le parcours de ces deux boxeurs devenus flics, plongés dans une affaire sordide qui les entraîne inéluctablement à leur perte dans le milieu de la haute bourgeoisie déviante et sur le déclin. En ce sens, De Palma ose magnifiquement la surenchère comme dans la séquence où Harnett rencontre pour la première fois la famille de sa nouvelle fiancée. La mère part dans un délire grand guignolesque du plus bel effet et l'on félicite d'ailleurs Fiona Shaw pour son jeu d'excès jouissif. Finalement tous les personnages sont retors et font preuve d'une arrogance en parfaite adéquation avec l'époque, le milieu et l'histoire, à part la toujours pâlichonne Scarlett Johansson dont on se demande encore l'impact qu'elle peut bien avoir sur certains. En face Hillary Swank prouve une nouvelle fois un talent qui ne cesse de grandir au fil de son exemplaire carrière.

Plastiquement le film est irréprochable, la photo de Vilmos Zsigmond est sublime et donne toute son ambiance à l'uvre, les décors de Ferretti sont époustouflants, le montage de Bill Pankow fidèle collaborateur de De Palma, use d'une rare élégance et la musique de Mark Isham, qui assure lui-même les solos de trompette, transcendent cette époque où le mensonge et la veulerie étaient érigés en art de vivre. «Le Dahlia noir» est serti de séquences sublimes comme le fameux plan à double lentille qui rend net aussi bien le premier que l'arrière plan, dont le réalisateur est friand et en avait réalisé un particulièrement superbe dans «Les incorruptibles» quand Al Capone pleurait à l'opéra. Et la dernière scène avec Eckhart prouve une nouvelle fois la maîtrise de l'action de la part de ce cinéaste inspiré et efficace. Un très grand film noir à ranger à côté des plus belles perles du genre.

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