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West Side Story

 
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Photocopie de luxe

En réalisant le rêve de ses quinze ans, Steven Spielberg livre une copie parfaite du film de Robert Wise datant de 1961, mais c’est une copie et non une proposition personnelle. Dommage.

En 1957, le compositeur Leonard Bernstein signe un drame lyrique sur des paroles de Stephen Sondheim récemment disparu et un livret d’Arthur Laurents basé sur une conception de Jerome Robbins largement et ouvertement inspiré de Roméo & Juliette de Shakespeare. En lieu et place de Venise, le décor est un quartier new-yorkais de la fin des années 50 où s’affrontent deux bandes rivales. D’un côté, on trouve les Jets qui se revendiquent les maîtres du coin et de l’autre, les Sharks issus de l’immigration portoricaine. Un Jet, Tony, tombe éperdument sous le charme d’une Shark, Maria.

Cette comédie musicale qui conte une histoire tragique a fait les beaux jours de Broadway en étant jouée près de mille fois avant la sortie de son adaptation cinématographique par Robert Wise en 1961. Le film obtient dix Oscars en 1962 et devient rapidement un monument incontournable du Septième Art. Non seulement West Side Story remet au goût du jour la pièce de Shakespeare, mais il révolutionne le genre de manière flamboyante. En plus d’être un spectacle absolu, ce film est un objet politique qui traite de manière frontale le problème du racisme. Derrière ses chansons devenues instantanément des classiques et ses numéros de danse à couper le souffle, il se dégage de ce long métrage une rage palpable, un esprit de révolte contre ce fléau qui a toujours accompagné les Etats-Unis.

C’est donc une évidence que ce film ait plu à Steven Spielberg quand il l’a découvert à quinze ans en se disant qu’un jour il le referait. Et c’est ce qu’il fait. Il refait le long métrage de Robert Wise, même durée, même contexte historique, même scénario, mêmes chansons, mêmes chorégraphies, mêmes décors, mêmes enjeux, et beaucoup de plans sont des photocopies du film de 61. Il est difficile de ne pas comparer les deux oeuvres. Certes la mise en scène de Steven Spielberg est irréprochable mais ce n’est qu’un décalque de luxe de l’objet original qui fait partie des intouchables du Septième Art. Le dernier long métrage de Spielberg pêche par orgueil et par trop de déférence à son modèle. Quand à chaque seconde ce qui défile sous nos yeux et nos oreilles nous ramène instantanément à l’oeuvre originale, il y a quelque chose qui cloche, qui gêne. Vu l’existence du chef-d’oeuvre de 1961, ce film semble vain, scolaire, voire infantile et prouve qu’il est totalement inutile à tous points de vue de vouloir refaire des monuments artistiques. Espérons que Spielberg retienne la leçon et nous revienne avec une vraie proposition personnelle et plus d’enjeux dramatiques.

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