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Cry Macho

 
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Le vieil homme, l’enfant et le coq

En mêlant deux des genres phares du cinéma américain, western et road movie, Clint Eastwood signe une oeuvre qui traduit merveilleusement la sagesse de son grand âge.

«Espérons que ce mauvais film ne soit pas son dernier. Ce film est gênant. Nous n’avons pas quitté la salle uniquement parce que c’était un film de et avec Clint Eastwood. Clint Eastwood radote.» Voilà en substance ce que l’on peut lire et entendre au sujet de Cry Macho venant surtout de la génération auto-baptisée milléniale qui adore tirer gratuitement à boulets rouges sur ses prédécesseurs, pour ne pas dire géniteurs, et la vieillesse en général. Ce qui est gênant c’est surtout de lire et d'entendre ces critiques arrogantes au sujet d’un film qui respire et transpire la sagesse autant humaine qu’artistique, car Cry Macho est une oeuvre remarquable à plus d’un titre.

Par le biais d’un scénario très simple (ce qui n’est pas un défaut), Clint Eastwood signe l’un de ses films les plus humains et les plus tendres. A travers l’histoire d’une vieille gloire du rodéo déchue, qu’il incarne magistralement, mandatée pour aller récupéré Rafo un garçon de quatorze ans maltraité par sa mère au Mexique et le ramener à son père au Texas, le réalisateur de Mystic River profite de ce film pour rendre un vibrant hommage à l’Amérique des laissés-pour-compte et des marginaux. Toujours droit dans ses bottes à l’âge vénérable de 91 ans, Clint Eastwood tient le rôle de Mike Milo, un personnage haut en couleur qui a connu le succès en domptant des chevaux avant de sombrer dans l’alcoolisme suite à un terrible accident. Sa mission d’expatriation le met face à un garçon malmené par l’existence qui doit son salut et sa rage de vivre à un coq de combat nommé Macho, ce qui signifie fort en espagnol. Ce troisième personnage fait le lien entre deux humains aux caractères bien trempés qui sont des écorchés de la vie. Autant dire que la rencontre est explosive et l’apprentissage pour se connaître assez laborieux. Et c’est Macho qui a le rôle d’apaiser les tensions entre Mike et Rafo. Sur la route qui le ramène à la frontière, le trio va devoir faire face aux autorités et aux hommes de main de la mère de Rafo, avant de trouver un havre de paix dans un village paumé au milieux du désert.

Au sortir du quarantième long métrage réalisé par Clint Eastwood, il revient en mémoire la très belle phrase de David Lynch qui ornait le dos de la bande-originale de The Straight Story: «La tendresse peut être aussi abstraite que la folie». Tendresse et simplicité sont les mots qui définissent le mieux Cry Macho. En qualité aussi bien d’acteur que de réalisateur, Clint Eastwood réalise un tour de force impressionnant de justesse de ton. Les personnages de son film qui sont particulièrement bien écrits illustrent à eux seuls une frange de la société américaine en marge de l’image que l’on se fait parfois naïvement de la super puissance mondiale que sont les Etats-Unis. Ici, Estwood s’attarde judicieusement et pertinemment sur le terme "unis" qui qualifie son pays. Cette tendresse infinie sans mièvrerie explose dans la scène où Mike, Rafo et Macho trouvent refuge dans un village à la limite de l’abandon. On découvre alors un monde où règne la solidarité, l’entraide, la simplicité, un monde qui résiste au diktat des autorités supérieures même si l’existence est dure et le confort précaire, ce qui est l’apanage de la majorité des habitants de cette planète. Sans jamais sombrer dans l’émotion artificielle, Eastwood qui est admirablement soutenu par une distribution remarquable réussit une oeuvre hors du temps et des modes d’une richesse artistique et humaine peu commune, à la limite du génie.

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