Critique

Atlas

 
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La montagne magique

Le jeune metteur en scène tessinois Niccolò Castelli réalise, avec Atlas, un film marquant qui aborde des thèmes comme la solitude, la culpabilité ou la résilience. Le long métrage suit le parcours d’Allegra, une Suissesse passionnée d’escalade ayant survécu à un attentat terroriste en Afrique du Nord.

Allegra –jouée par l’excellente actrice italienne Matilda De Angelis– est une jeune femme suisse qu’une passion fait vibrer: l’escalade. Une passion qui la mènera, ainsi que trois de ses amis, en Afrique du Nord. C’est décidé: ils se lanceront à l’assaut des montagnes du massif de l’Atlas. Mais l’horreur vient briser le rêve: un attentat terroriste. Allegra survit, ses amis périssent. La Tessinoise est anéantie. Un âpre combat l’attend, qui doit lui permettre de retrouver la lumière. Alors qu’elle se trouve au milieu de la tourmente, elle croise Arad, un jeune réfugié du Moyen-Orient. Une rencontre qui va raviver certains souvenirs, et faire éclater en elle l’angoisse, la peur ou encore le ressentiment.

La séquence d’ouverture du film est tissée de joie et de tendresse, de rires, d’allégresse. La jeunesse resplendit sous un magnifique soleil, au cœur de montagnes sublimes. Un superbe panorama est donné à voir. Des images à couper le souffle. «On est en vie!», lance, badin, l’un des grimpeurs depuis un sommet. On est gais, on est légers, on est ailés.

Mais le tableau est imparfait: deux éléments funestes, comme deux mauvais présages, se glissent en lui. L’un des grimpeurs se blesse, tout d’abord. La blessure est certes superficielle, mais un gros plan sur la roche maculée de sang paraît lourd de sens: il semble contenir en germe le drame à venir. Et puis des nuages menaçants obscurcissent le ciel, la montagne change de visage : la voilà sombre, fuligineuse, ténébreuse. L’avenir ne sera pas radieux.

Le titre apparaît alors à l’écran. Après quoi on retrouve le personnage principal, Allegra. Mais elle porte une minerve. On ne manque pas de constater qu’il y a eu une longue ellipse. Comme un black-out. Comme un trou noir. Le vertige guette, non plus celui pouvant saisir face à la montagne, mais celui qu’on peut éprouver face à une terrible réalité, face à l’horreur.

Atlas repose sur une trame réelle: l’attentat ayant eu lieu à Marrakech le 28 avril 2011 et ayant coûté la vie à trois résidents suisses. Du reste, Niccolò Castelli a rencontré la survivante. Mais à partir de là, il a créé un récit fictif. La passion d’Allegra pour l’escalade, le rôle primordial de la musique ou encore la thématique de la solitude renvoient plus au cinéaste lui-même qu’à la rescapée de l’attentat.

La musique. Arrêtons-nous-y quelques instants. Allegra aime beaucoup la musique. Elle se rendait souvent à des concerts avec ses amis, par le passé. Elle assiste à nouveau à un concert, après l’attentat. Le musicien principal? Arad. Arad et son oud. Arad et sa voix. Un oud est un instrument à cordes pincées. Arad en joue merveilleusement bien. Il y a cette scène forte, puissante, au cœur du film: la scène du concert. Arad pince les cordes de son oud, l’entrée en matière est pour ainsi dire douce, délicate, elle capte l’attention habilement, presque subrepticement, hypnotise afin, ensuite, de mieux délivrer une espèce d’uppercut: Arad pousse un hurlement rauque tandis que la bride est lâchée aux instruments. Allegra est profondément touchée. Elle verse des larmes. Et se retrouve comme propulsée dans le passé, en Afrique du Nord, au moment où tout a basculé…

Allegra est une jeune femme qu’une passion faisait vibrer: l’escalade. Le chemin vers un nouvel équilibre passera par cette passion–se dit-on. Ou alors… Ou alors la Suissesse ne parviendra jamais à retrouver la lumière–pense-t-on encore. La magie de la montagne saura-t-elle à nouveau opérer? Rendra-t-elle le sourire à Allegra? Nous n’en dirons pas plus. La réponse se trouve dans l’Atlas de Niccolò Castelli.

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