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Dune

 
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Que l’ennui soit avec vous

Malgré un film très esthétique, ce n’est pas Denis Villeneuve qui va briser la malédiction rendant inadaptable au cinéma la titanesque saga de science-fiction de Frank Herbert.

Dune est maudit. Ridley Scott et Alejandro Jodorowsky ne sont jamais parvenus à concrétiser leur adaptation respective sur grand écran. David Lynch en a fait son moins bon film. Au début des années 2000 à travers deux séries peu mémorables, la télévision n’a pas réussi à surmonter le mauvais sort. Dès lors, il serait légitime de se questionner sur la pertinence de vouloir s’attaquer à l’irréalisable, même en dépensant des sommes d’argent colossales. Peut-être que l’œuvre de Frank Herbert est vouée à rester un objet littéraire pour conserver toute sa substance, comme La Bible.

Entre le film de David Lynch sorti en 1984 et le neuvième long métrage de fiction de Denis Villeneuve, il y a des similitudes qui frappent l’esprit. Esthétiquement parlant, les deux œuvres sont dignes d’intérêt. Là où le réalisateur de Lost Highway proposait un opéra-rock baroque à l’originalité indéniable et très personnelle, le cinéaste responsable de l’excellent Incendies nous livre un objet plastique très beau mais très lisse, voire austère. C’est surtout dans l’ennui palpable qu’elles distillent que ces deux adaptations se rejoignent. Au stade du récit proprement dit, ni l’une ni l’autre ne parviennent à captiver et impliquer leurs auditoires. Cela ne veut absolument pas dire que le roman de Frank Herbert est ennuyeux mais qu’il le devient dès que l’on essaie de le sortir de son essence littéraire. Certains livres sont inadaptables et les exemples sont légion. Dune en est peut-être l’exemple le plus symptomatique.

Denis Villeneuve ne déroge pas à la règle et son Dune, partie 1, qui ne couvre que la moitié du premier tome de la saga, est parfaitement fastidieux. Il essaie de sublimer le récit en tragédie olympienne mais cela rend le résultat encore plus monacal que sa plastique. Il dirige ses comédiens comme s’ils interprétaient un drame shakespearien mais il oublie clairement de s’intéresser aux enjeux multiples qui devraient motiver ses personnages. Résultat: on se détache totalement de ce que l’on essaie de nous raconter, on attend vainement que le récit prenne son envol, on se désolidarise des personnages qui brassent de l’air, on se lasse des formules à l’emporte-pièce absconses et métaphysiquement indigestes tant elles tendent vers un intellectualisme douteux et populiste. Bref, on a l’impression d’assister à un gala fastueux mais soporifique qui se tiendrait dans les arcanes de l’industrie du luxe.

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