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Boîte noire

 
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Quatrième long-métrage du réalisateur Yann Gozlan, Boîte Noire constitue assurément le meilleur film de son auteur, entre suspense à couper le souffle, réflexion sur le jeu des apparences et plongée dans un milieu ultra secret, celui du BEA (Bureau d'Enquêtes et d'Analyses pour la sécurité de l'aviation civile).

Après le crash d'un avion de ligne Dubaï-Paris dans les Alpes ayant causé la mort de 300 personnes, Mathieu Vasseur (toujours impeccable Pierre Niney), agent du BEA chargé d'analyser la boîte noire de l'appareil, va plonger dans une enquête extrêmement délicate et compliquée, persuadé que l'apparente évidence des raisons de l'accident cache en réalité des motifs bien plus complexes.

Le film de Gozlan réussit à plusieurs niveaux. Il s'agit tout d'abord d'une plongée fascinante dans le monde très secret et protégé de l'aviation civile en général, et celui du BEA en particulier. Fort du soutien et de l'aide du BEA lui-même, le cinéaste retranscrit avec une précision chirurgicale (jusqu'à la scène d'ouvertue de la boîte noire, véritable "opération à coeur ouvert") les méthodes d'analyse du bureau. En cela, le film est abslument captivant, nous ouvrant les portes d'une institution à la réputation très hermétique.

C'est également un admirable film à suspense, stressant, captivant, éreintant, où la tension (et sa gestion en crescendo) ne faiblit à aucun moment. Y compris dans les scènes de pure écoute (et donc statiques), dans lesquelles le personnage principal est à l'affût du moindre son enregistré sur la boîte noire qui pourrait lui révéler la vérité. On songe bien sûr aux deux classiques du genre, Conversation Secrète de Coppola et Blow Out de De Palma, où la quête de la vérité passait également par l'analyse des sons. Le travail sur le son est d'ailleurs phénoménal dans le film, Gozlan nous rappelant qu'il peut être tout autant source d'émotion que l'image.

Enfin, Boîte Noire s'inscrit pleinement dans la lignée des films de conspiration (comme Les Hommes du Président ou À Cause d'un Assassinat, toutes proportions gardées) et dépeint un personnage obsessionnel décidé à tout prix à découvrir la vérité, navigant entre certitudes et paranoïa, lui conférant ainsi une fragilité et une complexité loin de toute caractérisation binaire.

Et malgré une fin peut-être un peu trop précipitée, le film s'achève par une ultime scène où la beauté de la mise en scène, le lyrisme de la musique et la puissance émotionnelle dégagée portent l'estocade au spectateur, pourtant déjà groggy après les deux heures de tension absolue qu'il vient de vivre.

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