Critique

Le Diable, tout le temps

 
Critique par |

Sud trop profond

Passablement encensée par une critique qui se satisfait de peu, cette production Netflix réalisée par Antonio Campos comporte pas mal des défauts souvent inhérents à la plateforme de streaming du milliardaire tellement peu cinéphile.

Quand on veut s’attaquer à l’une des pires pestes qui gangrène les Etats-Unis depuis sa création, à savoir la religion ultra fanatique, on essaie de ne pas sombrer dans les clichés maintes fois rabattus en chanson, en littérature et au cinéma. Malheureusement, The Devil All the Time saute à pieds joints dans ce piège et cumule les erreurs de goût de la première à la dernière scène, dans une volonté de spectacle assez rebutante, histoire de choquer le spectateur sans ne jamais l’interpeller.

On suit le parcours d’Arvin, un jeune homme né au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale qui va vivre au milieu d’une violence viscérale, pour ne pas dire tribale dont l’unique origine est la folie religieuse. Victime d’un traumatisme durant la campagne du Pacifique, le père d’Arvin perd la foi. Il n’y revient que par obligation quand son épouse est victime d’un cancer, pensant que son retour à la religion permettra de la sauver, dusse-t-il recourir au sacrifice. Ce sera un fiasco et le seul héritage qu’il laissera à son fils. Par la suite, Arvin qui ne demande rien à personne voit son destin croiser une galerie d’être masculins tous plus immondes les uns que les autres un prédicateur névrosé, un pasteur violeur, un tueur en série amateur de photographie et un flic pourri. Ces intrigues parallèles au parcours chaotique d’Arvin finissent par s’entremêler avec pour seul but de justifier leur rapport avec le jeune-homme. C’est un outil de dramaturgie assez paresseux qui appuie encore plus sur l’aspect spectaculaire du récit et sa volonté de choquer. Et il y a un côté assez malsain à ce procédé car cela permet à l’intrigue d’expliquer la violence des personnages sans jamais l’analyser puisqu’elle repose en grande partie sur la vengeance, rien de plus. En gros, quand le prédicateur névrosé pense qu’il peut ressusciter sa femme après lui avoir planté un tournevis dans la gorge, il sera l’une des victimes du tueur en série, et ainsi de suite.

On a juste droit à un chapelet de morts violentes que le film égrène inlassablement dans une mise en scène dépourvue de toute envergure qui se repose uniquement sur ses personnages sans les sonder. Après une fin qui en remet une couche épaisse comme le cuir d’un pachyderme, condamnant Arvin à un avenir peu radieux, on sort de cette longue épreuve, certes soulagé, mais assez remonté contre leurs auteurs. Vient-on d’assister à un divertissement? On espère que non, car se divertir avec un tel sujet traité de cette manière relève d’une santé mentale défaillante. Voulait-on nous dire que le fanatisme religieux est mauvais? Pourquoi pas, mais ma bonne dame, il ne suffit pas de l’asséner comme c’est le cas ici à travers des personnages monolithiques. Il faut chercher autre chose que de simplement enfoncer un clou déjà fortement ancré dans son support. Une thématique aussi forte se doit d’interroger son spectateur, l’amener à la réflexion, lui proposer différents points de vue. Ce n’est malheureusement pas le cas dans ce film basique sans relief. The Devil All the Time comporte à lui seul bien des défauts qui constituent les faiblesses de Netflix et des autres plateformes de streaming et leur ambition de remplacer Hollywood en usant exactement des mêmes ressorts: l’émotion supplante la réflexion, le spectaculaire éclipse l’analyse, la lourdeur repousse la subtilité, l’esthétisme évince le talent, le commercial détrône l’art.

En savoir plus sur Remy Dewarrat

Dans le même sujet...

 

Le Diable, tout le temps

Critique par |

CONCOURS Gagnez 2 places pour aller voir le film

Participer