Critique

The King of Staten Island

 
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Au nom du père

Avec son nouveau film Judd Apatow sort un peu de ses comédies pas souvent très fines pour aborder de manière assez convaincante le drame et la peinture sociale d’une certaine Amérique qui a de la peine à se remettre d’un deuil.

Fils d’un pompier décédé dans l’exercice de ses fonctions, Scott Carlin, vingt-quatre ans vit avec sa mère infirmière aux urgences Margie et sa jeune soeur Claire qui s’apprête à quitter le nid familial pour poursuivre ses études. Margie aimerait bien que son fils prenne sa vie en main au lieu de trainer avec ses amis et de fumer de l’herbe au point de ne plus en ressentir les effets, comme il l’avoue lui-même. Le rêve de Scott serait d’ouvrir un restaurant-salon de tatouage, passion qui se retrouve sur une grande partie de son corps. Plus que de vivre, il se laisse vivre et tout son univers désinvolte se retrouve chambouler par l’arrivée du nouvel ami de Margie, un pompier.

Au début, The King of Staten Island prend son temps, peine à vraiment décoller et ressemble trop à nombre de films américains traitant de la jeunesse par le biais de la comédie. C’est long et passablement ennuyeux car trop bavard, pas très drôle, plutôt lourd. On se demande rapidement comment tout cela va faire pour tenir pendant deux heures et quart sans sombrer dans l’épreuve soporifique. Après une heure fastidieuse, par petites touches, le long métrage oblige judicieusement Scott à sortir de sa torpeur en lui faisant rencontrer de nouveaux personnages qui vont tenir le rôle de révélateurs à la fois de la mentalité de sa communauté et de son passé. C’est par eux qu’il va découvrir plusieurs facettes de son père qu’il ignorait jusqu’à lors. Un événement musclé et sans appel va le rapprocher du nouvel amant de sa mère et de son métier de pompier quand, après être jeté à la rue par Margie, il trouve refuge à la caserne. Loin de l’insouciance de l’existence de bras cassé dans la quelle il se complaisait alors, il commence l’apprentissage de la vie. C’est là que The King of Staten Island prend son envol et commence enfin à susciter de l’intérêt et de la sympathie. Au final et de manière pertinente, dans une société où l’on considère trop souvent la jeunesse comme la reine des différentes étapes de la vie, le long métrage prend le parti de bousculer son personnage et les spectateurs en montrant qu’il n’y a rien de tel que l’expérience et de surcroît l’âge pour avancer et s’enrichir dans la vie.

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