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Da 5 Bloods : Frères de sang

 
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Défenseur de la cause noire s'il en est, Spike Lee persiste et signe avec son nouveau film, véritable ode au peuple noir sacrifié lors de la guerre du Vietnam. Comme l'a expliqué le metteur en scène, les Afro-Américains représentaient à l'époque10% de la population totale des Etats-Unis. Et plus de 30% des soldats envoyés au combat. Fort de ce constat accablant, Lee retrace dans son film le retour au Vietnam de quatre anciens combattants, plus de 40 ans après la fin des hostilités, partis retrouver leur frère d'armes tombé au combat et remettre la main sur un coffre de lingots d'or qu'ils avaient à l'époque caché sur place.

Bénéficiant d'une chronologie éclatée faite de flash backDa 5 Bloods frappe fort, tant dans la multiplicité des formats adoptés (écran large, format 4/3, images d'archives), dans le choix des musiques et leur placement dans l'intrigue (La Chevauchée des Walkyries de Wagner contrebalance ainsi totalement avec l'utilisation qu'en avait faite Coppola dans Apocalypse Now) que dans le propos extrêmement dense que développe Lee. Ainsi, et au-delà de la dénonciation du sacrifice d'un peuple, le réalisateur propose une réflexion sur le pouvoir corrupteur de l'argent. Posé comme cela, l'idée pourrait paraître cliché. Contre toute attente, Spike Lee parvient à la rendre novatrice en l'appliquant à des hommes dont le sacrifice et le racisme dont ils font l'objet pourraient susciter la plus grande et légitime des mansuétudes.

Lee opte d'autre part pour le choix judicieux de garder les mêmes "vieux" acteurs dans les scènes de flash back au Vietnam, excepté leur camarade qui y laissa la vie, interprété par le "jeune" Chadwick Boseman. Ce principe permet à la fois de souligner l'idée qu'aucun des quatre anciens combattants n'a jamais réellement quitté cette époque, mais aussi de mettre en avant le caractère quasi christique de leur infortuné camarade, véritable héraut dont le sens des valeurs n'a d'égale que la force de conviction avec laquelle il les transmet.

On pourra toutefois reprocher à Spike Lee une inutile itération dans certaines scènes gores venant à contre-courant du ton général qui se dégage du film, mais ce serait pinailler devant une telle maîtrise formelle et narrative.

Et en ces temps de "Black Lives Matter", Da 5 Bloods s'inscrit comme un véritable étendard de la cause noire, trouvant ainsi dans l'actualité un triste écho prouvant que les choses n'ont malheureusement pas beaucoup changé.

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