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Pinocchio

 
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Des adaptations de Pinocchio, tout le monde garde en mémoire le dessin animé de Walt Disney en 1940 et le film de Luigi Comencini en1975. Mais c'est assurément avec cette adaptation de Matteo Garrone que le roman de Carlo Collodi publié en 1881 trouve son meilleur écho cinématographique.

Ainsi, le réalisateur de Gomorra et Tale of Tales retourne aux sources du conte pour y retrouver son aspect sombre et inquiétant, loin de l'image du bonhomme de bois qui voit son nez s'allonger lorsqu'il se met à mentir. C'est en effet un Pinocchio en proie à des choix plus calamiteux les uns que les autres qui nous est présenté, victime à la fois de ses aspirations mais aussi de personnages plus vils les uns que les autres. A l'image de ce terrifiant protagoniste transformant les enfants en ânes.

Pour donner vie à son pantin de bois, Garrone a fait le choix d'un maquillage plus vrai que nature, renonçant à des CGI qui auraient assurément amoindri le jeu remarquable de son interprète, Federico Ielapi. Dans le rôle de Gepetto, Roberto Begnini (qui réalisa lui-même une adaptation de Pinocchio en 2002) apporte une fragilité et une tristesse à fleur de peau à son personnage de menuisier solitaire débordant d'amour pour un fils qu'il n'arrête pas de perdre.

On aurait pu craindre une rivière de bons sentiments et un aspect moralisateur qui auraient fait sombrer le film dans une guimauve dégoulinante. Il n'en est bien heureusement rien, même si le long-métrage flirte parfois avec la leçon de morale (ne pas aller à l'école, c'est pas bien, il faut respecter les règles pour réussir). Mais Garrone ne s'y abandonne jamais, préférant faire de son Pinocchio un parcours initiatique, à la fois pour le héros mais aussi pour son géniteur. Ainsi, après avoir sauvé le fils, c'est le fils qui sauvera le père. Ou comment les liens filiaux ne se déroulent pas qu'à sens unique mais constituent au contraire un véritable ruban de Möbius.

Ajoutez à cela des plans d'une beauté fulgurante, véritables tableaux sur celluloïd, et vous obtiendrez un film qui, même s'il renferme quelques longueurs, réussit la gageure de constituer un spectacle familial sombre, parfois même malaisant, ce qui par les temps qui courent relève presque du miracle.

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