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The Giant

 
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Il était une fois en Suède

Avec ce premier long métrage, l’artiste suédois Johannes Nyholm signe une oeuvre singulière pour évoquer la différence grâce à une poésie visuelle et à des interprètes côtoyant le sublime avec un naturel confondant.

Né autiste et très difforme, Rikard Boberg vit pour la pétanque qu’il pratique jusque dans la chambre de son institution au grand dam du personnel. A la veille de ses trente ans, il pense pouvoir renouer un lien avec sa mère qui s’est séparée de lui à sa naissance car, elle aussi, est instable et dépendante. Gagner le tournoi scandinave de pétanque devrait lui ouvrir une voie royale vers ces retrouvailles tant espérées. Décidé, il n’a peur de rien et se sent prêt à affronter sa fragilité et les jugements malveillants de son entourage. Un géant descendu d’une lointaine montagne semble bien résolu à lui venir en aide.

Même si on lui avait intégré Elephant Man, la totalité des compétitions mondiales de pétanque, un traité sur l’autisme, un guide détaillé sur la géographie, la mythologie et la société suédoise, aucun algorithme n’aurait été capable de livrer ce film à nul autre pareil. Johannes Nyholm nous invite à un voyage extraordinaire qui mêle cinéma vérité, poésie visuelle, effets spéciaux, fable sociale, humour, tendresse et réflexion humaniste dans une parfaite harmonie. Par une formule magique tombée dont ne sait où, il parvient à concevoir un objet filmique qui touche autant le coeur que l’esprit. Au fur et à mesure des pérégrinations de Rikard, on est saisi par le talent de ce cinéaste suédois qui réussit à concrétiser chacune de ses idées de manière cohérente et triomphale. Et Johannes Nyholm n’oublie pas la musique dans l’alchimie de son premier long métrage puisqu’elle personnifie le seul vrai lien entre Rikard et sa mère. Exemples parmi la multitude dont regorge cette merveille inclassable, la scène où Rikard s’exprime avec les mains et celle de sa rencontre avec sa mère à travers une imposte, appartiennent aux moments cinématographiques les plus forts de cette première décennie du deuxième millénaire.

Jätten doit beaucoup à Christian Andrén qui incarne Rikard. Caché derrière un maquillage physique et numérique remarquable qui efface la moitié du visage de son personnage, le comédien fait passer un carrousel d’émotions avec un naturel  impressionnant. Il joue avec son physique particulier, que certains qualifieront d’ingrat, sans jamais chercher la pitié du spectateur. Son interprétation force l’admiration car elle est juste et sans fard. Il est entouré par des acteurs admirables comme Johan Kylén ou Anna Bjelkerud que l’on sent très impliqués dans le projet.

Grâce à un mariage impeccable entre un naturalisme parfaitement assumé et une poésie de chaque instant, Jätten reste en mémoire durablement et il est impossible de l’oublier, finalité suprême d’une oeuvre d’art.

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