Critique

La Montagne

 
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L’ivresse des cimes

En enfermant deux hommes et une femme dans une station météorologique à trois mille mètres d’altitude lors d’un hiver au début des années 1920, Markus imhoof a tout loisir de se pencher sur la folie humaine et il ne s’en prive pas.

Le 9 octobre 1921, quelque part dans les Alpes suisses, le gardien d’un observatoire météorologique d’altitude perd la raison après avoir été frappé par le foudre et ne donne plus signe de vie. Bien que l’équipe de secours ne soit pas encore redescendue, trente-deux candidats postulent pour le poste. Voulant éviter une nouvelle catastrophe qui, selon eux, incombe à la solitude, les dirigeants de l’institut de météorologie tiennent à ce que ce soit un couple qui remplace le malheureux. Leur choix se porte sur Josef Manser, un chômeur qui va se marier incessamment avec Lena. La noce à peine célébrée, le jeune couple entame son ascension vers la station. Encore affublée de sa robe de mariée, Lena, enceinte, peine en s’accrochant à la queue d’un des ânes de l’expédition. Au début, tout semble se passer pour le mieux mais l’hiver venu, Josef et Lena reçoivent une visite surprise. Kreuzpointner, un ancien soldat et guide de montagne d’origine autrichienne, a bravé le froid, la neige et la montagne, car il estime que le poste de Manser lui revient. Commence alors une cohabitation difficile entre ces trois êtres isolés de tout et de tous.

Comme à son habitude, Markus Imhoof cherche le réalisme et le tournage de Der Berg fut une entreprise dantesque. On ressent parfaitement l’hostilité naturelle de la montagne qu’ont enduré comédiens et techniciens. De nombreuses séquences en sont le témoignage: l’ascension du couple avec leur matériel imposant, le sauvetage de Kreuzpointner en grande détresse à quelques mètres du sommet, la tempête de neige. Avec ce huis-clos parfaitement maîtrisé, le cinéaste peut s’attarder sur ses personnages et leurs sentiments. Ces derniers sont malmenés autant physiquement que mentalement. Ils font face à des forces qui les dépassent complètement et qui les poussent dans leurs derniers retranchements. On assiste à une tragédie où les alliances se créent, se défont et se renouent à un rythme endiablé. Le trio de comédiens, Susanne Lothar, Mathias Gnädinger et Peter Simmonischek, fait des prouesses pour donner vie à Lena, Manser et Kreuzpointner qui sombrent inexorablement vers la bestialité et la folie la plus extrême. 

Ce film âpre, à la tension palpable, prouve une nouvelle fois l’excellence de l’art de Markus Imhoof en matière de mise en scène et de direction d’acteurs. Et si on rajoute à cela une remarquable direction artistique d’Ulrich Bergfelder et une très bonne musique de Nicolas Piovani, on obtient une oeuvre que l’on est pas prêt d’oublier après l’avoir vue. 

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