Critique

Strasek, le vampire

 
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Dédicace à Carl Theodor Dreyer

Sans chercher à révolutionner le film de vampire, Theodor Boder signe une oeuvre singulière sur la solitude, mal être suprême de la créature de la nuit par excellence. Curiosité cinématographique suisse qui vaut le détour.

Né en Serbie à la fin du XIXe siècle, de Milena Srasek et d’un Comte énigmatique, Stefan perd sa mère alors qu’il s’apprête à entrer dans l’adolescence. Il erre seul dans la maison. Ayant fait la promesse sur le lit de mort de Milena de ne pas suivre son père s’il venait le rechercher, Stefan s’enfuit dans un train. Des années plus tard, en 1910, une journaliste française perdue dans l’Oberland bernois trouve refuge auprès d’un mystérieux jeune homme reclus près d’une chute d’eau impressionnante.

Avec ce film très personnel et singulier à plus d’un titre, Theodor Boder signe un hommage très direct à Carl Theodor Dreyer, maître pionnier du cinéma danois qui ne cessera de fasciner les artistes ayant opté pour le Septième Art afin de s’exprimer. On trouve tout d’abord le noir et blanc, charbonneux et très contrasté, qui crée d’emblée un univers tragique et sombre pour évoquer les nombreux drames qui émaillent la vie de Stefan. Theodor Boder opte aussi très judicieusement pour un montage à la lenteur particulièrement extensible dans l’optique de faire ressentir au mieux la longueur des journées interminables de ce garçon, rapidement voué à lui-même après la mort de sa mère. Le cinéaste va même encore plus loin en faisant durer ses plans au rythme lancinant de l’étrange musique de Circuit et Aquarius. C’est elle qui commande la durée de quasiment chaque séquence. Par ce biais qui peut paraître soporifique, le cinéaste concrétise de manière superbe la solitude et ses conséquences qui sont le pain quotidien des vampires. Pour parachever cette impression parfaitement palpable, Theodor Boder dirige son jeune comédien en le figeant littéralement, si bien que sa figure évoque une photographie entourée de quelques éléments du décor subtilement animés pour rappeler que nous sommes au cinéma. Dans une totale liberté de ton autant dans la forme que dans le fond, Theodor Boder se permet des audaces comme cet interminable plan de nuit où l’on suit les lanternes des villageois qui recherchent la jeune journaliste française.

Strasek, der Vampir est une curiosité rare dans le cinéma helvétique et oser s’y aventurer amène le spectateur dans une dimension à la fois personnelle et référentielle des plus réussie.

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