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1917

 
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Le réalisateur Sam Mendes est capable du meilleur (Skyfall, son chef-d'oeuvre Revolutionary Road) comme du pire (American Beauty, Les Sentiers de la Perdition). Avec 1917, il livre un film tout juste moyen, survendu par son concept de (faux) plan-séquence unique, le procédé tuant ici toute émotion dans l'oeuf et distillant petit à petit un ennui presque mortel. Que Mendes ait voulu relever le défi du long-métrage tourné en un plan unique, soit. Encore aurait-il fallu que ce choix fut porté par des prétentions narratives créatrices de sens et d'émotion, ce qui est loin d'être le cas.

Ainsi, le spectateur se sent bien peu impliqué dans l'histoire, restant desespérément extérieur à l'action, ce qui, pour un film de guerre, est quelque peu problématique. Outre le fait que les raccords reliant entre eux les plans pour en faire un factice plan-séquence de deux heures sont visibles comme le nez au milieu de la figure, l'absence de coupes et de contrechamps tuent toute émotion, la caméra se bornant à jouer au petit jeu du plan unique. Ou comment se tirer une balle dans le pied.

Cependant, il serait malhonnête de ne rien sauver de 1917, à l'image de la séquence de nuit dans la ville détruite, qui nous emmène aux frontières du fantastique et prouve si besoin en était l'exceptionnel talent du chef opérateur Roger Deakins. Ou encore la scène finale dans laquelle Mendes parvient à créer un suspense à l'intérieur des tranchées, au bout de 120 minutes de technique pour le plaisir de la technique.

Certains crient au chef-d'oeuvre et la prochaine cérémonie des Oscar réservera certainement au film une partie de sa moisson. En termes de poudre aux yeux, 1917 aura assurément réussi son coup. D'un point de vue cinématographique, c'est une autre paire de manches.

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